Lettre

RETROUVEZ  LA  LETTRE  MUSICALE  DU  CHEF  DES  CHANTEURS ! 

Chaque semaine, Lionel Cloarec nous convie à un parcours musical : 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 28 NOVEMBRE

Ce dimanche 28 novembre 2021 est le premier dimanche de l'Avent, qui débute l’année liturgique.

Cette année, c’est aussi la Sainte Cécile, toujours fêtée un dimanche de novembre à Saint-Eustache. Messe particulière, puisque celle de la patronne des musiciens dans une paroisse qui accorde une place importante à la musique.
Elle se fera malheureusement sans nous cette année et c'est, non sans contrariété, que les chanteurs et moi-même resteront muets par mesure de précaution, le virus en ayant décidé ainsi.
 
Pendant l'Avent, le « Veni, Redemptor gentium » (Viens, Rédempteur de tous les mondes) est un hymne grégorien incontournable, écrit par Saint Ambroise, évêque de Milan de 340 à 397.
La mélodie grégorienne sera reprise, sur une traduction allemande du texte, par Martin Luther dans un choral (cantique de l’Avent) : « Nun komm, der Heiden Heiland » sur lequel a été adaptée la traduction française « Toi qui viens pour nous sauver » 
 
L'hymne grégorien chanté par la Choralschola der Wiener Hofburgkapelle.
Fluidité et voix jeunes pour un réel plaisir d'écoute. 
 
Le Veni redemptor et le Nun komm avec son alternance d’allemand et de latindans un motet très développé de Michael Praetorius, l'un des plus grand compositeur luthérien et le plus prolifique de la fin du 16e siècle.
 
Sur ce thème, symbole de l'Avent, écoutons le chœur d'ouverture de la cantate BWV 61 écrite par Jean Sébastien Bach pour La Chapelle de Weimar en 1714.
La structure à l'orchestre est très reconnaissable : 
d’abord, des rythmes surpointés dans un tempo lent de marche,
puis, une deuxième partie très différente, avec des entrées en imitation – un fugato -,
enfin, une troisième partie avec un retour du tempo lent et à nouveau un rythme surpointé de marche.
On a là une forme caractéristique : l’ouverture à la française.
Il est sûr que, dorénavant, vous pourrez identifier cette forme musicale présente dans beaucoup d'œuvres.
 
La version très ostentatoire du Choeur Monteverdi et de Sir John Eliot Gardiner avec un tempo lent très surpointé …
royal !
Pour l'arrivée du Sauveur 
 
Le 22 novembre 1855 avait lieu, à l’église Saint-Eustache, la première audition de la nouvelle œuvre de Charles Gounod : la messe solennelle en l'honneur de Sainte Cécile. Cette création constitue un des événements marquants de la tradition musicale de Saint-Eustache.
En France, les œuvres sacrées de Gounod sont plutôt décriées … on lui reproche un style ampoulé d'un autre temps. Même si  l’interprétation de ces œuvres est délicate et nécessite de ne pas tomber dans le pathos et le mauvais goût, l'œuvre sacrée de Gounod  reste d'un lyrisme qui ne peut laisser indifférent !
A la baguette, George Prêtre, grand spécialiste d’opéra et Le Chœur de Radio France 
Je ne vous cacherai pas que parmi les nombreuses œuvres musicales dédiées à Sainte Cécile, l’Hymn to Saint Cécilia de Benjamin Britten est ma préférée.
 
L’œuvre fut composée en 1942 après une longue gestation, le compositeur ne trouvant pas de texte adapté.
C’est finalement Wystan Hugh Auden, poète anglo-américain, avec qui il collaborait déjà sur d'autres projets, qu’il choisira comme auteur. La pièce musicale est structurée comme le poème que je ne résiste pas à retranscrire avec sa traduction littéraire …
 
Encore un très beau texte émouvant sur Sainte Cécile… 
Par The Sixteen 
Bonne semaine à tous !

Texte du poème à venir

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 21 NOVEMBRE

Ce dimanche 21 novembre 2021, on célèbre la fête de la Solennité du Christ roi.

Une fête relativement récente puisqu'elle fut instaurée par le pape Pie XI en 1925.
Placée initialement au mois d'octobre, elle fut déplacée par le pape Paul VI qui en fait le point final de la vie liturgique annuelle et l’ouverture vers une nouvelle année puisque le dimanche de la semaine prochaine on sera le premier  de l'Avent.
 
Un texte se prête à cette fête solennelle du Christ roi.
Il s’agit du psaume 92 « Le Seigneur est Roi » (Dominus Regnavit )
Il est inclus partiellement, dit ou chanté, dans la liturgie de ce dimanche.
En France, sous Louis XIV, dit le Roi Soleil, mais aussi sous Louis XV, plusieurs compositeurs de Versailles ont utilisé le texte intégral ce psaume pour exprimer la magnificence,  la puissance et par là,  le rayonnement du  roi, représentant de Dieu sur terre.
La forme musicale en vogue est le grand motet à la française utilisant un orchestre à 5 parties, un grand chœur à 5 parties et un petit chœur de solistes.
J'ai choisi l'ouverture  du « Dominus Regnavit » de Michel Richard de Lalande,  maître du grand motet à la française, écrit en 1704.
Élégance et magnificence se joignent dans ce début de motet grâce à l’emploi de la mesure à trois temps et des phrases mélodiques ascendantes.
Trente ans plus tard, Jean Joseph Cassaneat de Mondonville, avec un autre grand motet, se démarque de ses prédécesseurs. 
Cette fois en rythme binaire, plus solennelle, l'ouverture y semble plus austère …l'ère du Roi Soleil est passée depuis 25 ans …
Il est intéressant de mettre aussi en parallèle Jésus, roi de gloire, et le roi en France, représentant de Dieu sur terre, du début du XVIe siècle jusqu'à la fin de l'Ancien régime avec la Révolution française. 
Il était de coutume de chanter, que celui-ci soit présent ou non, une courte pièce en l'honneur du roi pendant la messe .
« Domine, salvum fac Regem » ( Seigneur, sauve le roi), une sorte d'hymne royal français, symbolise la monarchie de droit divin française 
Que de « Domine, salvum fac Regem » furent écrits, plus ou moins brillants …
J'apprécie tout particulièrement une petite pièce de Marc Antoine Charpentier pour son côté joyeux et lumineux.
D'un compositeur contemporain de Mondonville, Henri Madin, aussi maître de chapelle de Versailles qui succéda à André Campra 
Un Domine Salvum éclatant inclus dans sonTe Deum célébrant les victoires du roi Louis XV.
 
Repassons au programme de la messe du Christ Roi :
Dans le missel romain, le texte de la communion est extrait du psaume 29 verset 10 « Sedebit Dominus Rex in aeternum » (il siégera, le Seigneur, roi pour toujours)
C'est l'occasion de vous faire entendre une mise en musique d'un compositeur que j'apprécie énormément pour la diversité de son style et les procédés musicaux (contrepoint à l'ancienne à l'atonalité par exemple) qu'il utilise  : James MacMillan. Dominicain laïc, une très grande partie de sa production est inspirée par sa foi catholique. 
Le motet que j’ai choisi fait partie d'un cycle de motets nommé « The Strathclyde motets ». Sedebit dominus rex est la septième pièce de la première série de quatorze motets de communion – accessibles dans le style et de difficulté modérée – composées pour la chorale de chambre de l’université Strathclyde entre 2005 et 2010. Il a composé trois séries de ces «motets Strathclyde» à ce jour. Dans la première section de ce motet pour la fête du Christ-Roi, la ligne soprano incisive montre l’influence de la musique celtique ancienne, une des régions qui a fourni à MacMillan une riche source d’inspiration.
James MacMillan et l'ensemble vocal the Sixteen
Des communions se font quelquefois parmi mes écoutes et mes lectures, 
Lorsque j'ai entendu pour la première fois la musique de Morten Lauridsen (l'un des compositeurs les plus importants de la musique vocale américaine du 21e siècle) c'est à travers ses pièces de musique sacrée : « O magnum mysterium » et « Lux aeterna ».
Avec étonnement, émotion et bonheur  j'ai découvert son engouement pour les textes d'un poète qui m'est très cher, Rainer Maria Rilke.
Morten Lauridsen a utilisé à maintes reprises des textes français de Rilke.
 
J'ai choisi une pièce peu connue de Lauridsen composée sur un poème dont le thème est le chant …  
 
Voici l'intégralité de ce beau poème.
 

Chanson Éloignée

Ce soir mon coeur fait chanter
des anges qui se souviennent.
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s’unir?

Ô chant éloigné, suprême lyre,
qui ne se donne qu’à celui qui ardemment
et sans repos supporte et endure
de son effort le long et doux martyre,
Ô chant qui naît le dernier pour conclure
l’enfance non terminée le cœur d’antan.

Ou je ne voulais que chanter,
Il m’a été accordé
l’honneur de la vie.

 
Par les John Alexander Singers ... superbe de phrasés et de couleurs. Pas la meilleure prononciation … mais que le français est difficile à chanter ! 
Bon dimanche à tous ! 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 14 NOVEMBRE

 

Un petit mélange d'époques et de cultures pour ce 33e dimanche du temps ordinaire.

Le baroque allemand,
Une cantate de Jean Sébastien Bach,
« Du, Friedefürst, Herr Jesu Christ »
(Toi, Seigneur Jésus Christ, prince de la paix)
La BWV 116 fait partie du deuxième cycle annuel de cantates à Leipzig. Bach la dirigea le 26 novembre 1724.
J'ai choisi le chœur d'ouverture sous forme de fantaisie chorale où la partie de soprano chante le cantus firmus. Le choral est inséré dans des interludes où l'on entend un orchestre foisonnant de cordes, de hautbois d'amour et un cor d'harmonie jouant la mélodie.
Pourquoi avoir choisi cette cantate ?
Particulière évidemment, car c'est celle qui en 1724 terminait l'année liturgique.
A l'époque le thème qui clôturait l'année était basé sur l' Armageddon (la bataille du bien et du mal à la fin des temps, pour résumer) dans la liturgie luthérienne. 
Le texte du choral et de la cantate, basé sur un hymne de 1601 écrit par Jacob Ebert, évoque Jésus Christ, prince de la paix, vers lequel l'humanité se tourne « dans le besoin, dans la vie, dans la mort ».
Musicalement, il en ressort une grande énergie et un positivisme donnés par la tonalité de la majeur et aussi des interludes instrumentaux faisant l'effet d'un mouvement de concerto.
Le choral semble indépendant, en homorythmie, note contre note.
Pourtant, vers les dernières mesures de ce chœur d'ouverture, Bach traduit l'allusion au jugement dernier par des lignes musicales brisées, aux trois voix graves, commentant nerveusement le cantus firmus des sopranos. 
Extrait de l'intégrale des cantates par le Monteverdi choir et Sir Elliot Gardiner
Tonique et convaincu… ce qui sert énormément ce texte.
 De cette même cantate, le choral final, chœur et instruments colla parte (les instruments doublent les voix ) 
« Erleucht auch unser Sinn und Herz »
( éclaire aussi nos cœurs et nos pensées)
Un « simple » choral lumineux, à quatre voix, sur le dernier vers original de l'hymne.
Renaissance franco flamande et italienne 
« Amen dico vobis »
(en vérité, je vous le dis), 
Texte destiné à  la communion de ce dimanche, mis en motet par Giaches de Wert (1535-1596), compositeur franco-flamand ayant fait toute sa carrière  en Italie. Il tint plusieurs postes de maître de chapelle dont le dernier auprès du duc de Mantoue, successivement Guillaume puis Vincent de Gonzagues (également le premier “employeur” de Monteverdi). Pour les besoins de cette cour, une des plus brillantes d’Italie à cette époque, il compose de multiples pièces tant sacrées que profanes, qu’il publie, laissant une œuvre importante. Il est  considéré comme  un grand madrigaliste. 
Dans ce motet à 6 voix, chanté ici par l’ensemble « Stile  Antico » la maîtrise du contrepoint se fait évidente, bien sûr, mais l'influence franco-flamande mêlée à la culture italienne, laisse entendre une polyphonie tardive de la Renaissance, empreinte de singularité et d’audace d'écriture qui rend tout ce motet …divin. 
L'Angleterre au 21e siècle 
Et pourquoi pas écouter aussi une vision musicale du 21e siècle de ce texte ?
Le compositeur, diffuseur de musique et membre de la Chambre des lords, Michael Berkeley(1948-) est aussi professeur d’université, animateur d'émissions grand public, directeur artistique de festival. Son oeuvre, très variée, se destine à l'orchestre, l'opéra mais aussi à la musique de chambre et la musique chorale.
Dans ce court motet, des dissonances évidemment, dans un discours très clair laissant le texte bien audible.
Les lignes mélodiques sont travaillées comme une réflexion sur l'art du contrepoint.
La polyphonie, après des séquences atonales, se résout en fin de phrases sur des mesures d'accord aux couleurs chatoyantes et sereines. On y reconnait l’influence du 20 siècle d'un Britten ou d'un Ravel…
Par l'ensemble Voces Sacrae
Ce 33e dimanche a, comme offertoire, le de profundis, le psaume 130
(des profondeurs, je t’implore)
La semaine dernière, c'est avec un grand plaisir que j'avais choisi de belles œuvres traduisant ce texte.
La frustration était aussi présente car il fallait faire des choix !
Deux de profundis bien différents des précédents, cette semaine.
L'Europe avant l'heure de la Renaissance franco-flamande 
Je pense tout de suite à Orlando di Lasso (1532-1594) si l'on veut exprimer ou parler d'une certaine synthèse de la Renaissance profane et sacrée à travers les cultures allemande, italienne, française.
Sa pièce est tout cela enfin… c’est du grand Orlando Le Collegium vocal de Gent et Phillipe Herrewege…
Le motet extrait des Psalmi Davidis Poenitentiales
Tempo très lent (comme je peux aimer dans les mouvements lents…) mais très bien porté.
De profundis du 20e siècle américain.
1971 «  De profundis », offertoire extrait de la messe de Léonard Bernstein, compositeur et chef d'orchestre charismatique américain du 20e siècle ! West side story, Candide, les Chichester Psalms 
Cette messe fut commandée par Jacqueline Kennedy, amie de Léonard, trois ans après l'assassinat de Kennedy pour l'inauguration du John F Kennedy Memorial Center for the Performing Arts de Washington, un complexe associant salle de concert, d’opéra et de théâtre pouvant accueillir jusqu’à 6 000 personnes ! 
L'œuvre  de Bernstein est monumentale … plutôt un mega ovni  pour ne pas écrire peu orthodoxe.
Se mêlent : célébrant, soliste enfant, solistes lyriques, rock, blues, trio jazz, trois chœurs, bande magnétique,  orchestre de chambre et grand orchestre.
246 participants sur le plateau !
La création était intitulée «Mass» «composition dramatique pour chanteurs, instrumentistes et danseurs ».
Le chorégraphe Alvin Ailey et sa troupe avaient assuré la création.
Personnellement j'aurai aimé être là, ce 8 septembre 1971, au Kennedy Center !!!!
Juste quelques minutes de cette œuvre avec le de profundis emprunt de musique kaddish.
Les enfants, choeur d'adultes, grand orchestre, Kent Naganno et le Deutsches symphonie-orchester. Une vision un peu nerveuse du passage mais jubilatoire !!!!
Et pour finir :
Profane à la Renaissance
 
Puisque l'on est dans une transition sacrée et profane,
une belle page de Orlando di Lasso  (connu aussi comme Roland de Lassus) qui célèbre la nature.
« La nuit froide et sombre »
Avec la bonne prononciation du français à la Renaissance sur une ode de Joachim du Bellay, publiée en 1549.
Récitée par Vincent Bouchot tout d'abord et puis chantée par L'ensemble Clément Janequin.
Je ne sais que dire, à part que c'est un tube !
Cette chanson polyphonique à 4 voix est d'un grand raffinement expressif.
Le figuralisme et les jeux en imitation y sont  omniprésents.
Écoutez les phrases ascendantes « vers les cieux »
Les phrases et chutes dans le grave pour le sombre et la nuit.
Bon dimanche à tous ! 

 

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 7 NOVEMBRE

Pour cette lettre musicale j'ai décidé d'éclairer, humblement et subjectivement, un psaume destiné à la fête des morts qui vient d’avoir lieu ce 2 novembre.
Le psaume 130 « de profundis clamavi ad te, Domine »,  « du fond de l'abîme je t'ai invoqué Seigneur » est le sixième des psaumes de la pénitence. Il fait partie des prières pour les défunts.
Je vous propose un petit parcours chronologique des mises en musique de ce beau texte sur la puissance de la miséricorde de Dieu, à travers plusieurs musiciens de la vieille Europe.
Ma culture et ma sensibilité française me porte à écouter et être surtout touché par les œuvres  baroques françaises qui ont mis en lumière ces textes avec dramatisme et quelques fois faste et grandeur. 
Le De profundis de 1683 de Marc Antoine Charpentier (1643-1704)
Pour le décès soudain de la reine Marie Thérèse d'Autriche, première épouse de Louis XIV,  Marc Antoine Charpentier composa plusieurs oeuvres dont un De profundis écrit dans la précipitation. Cette oeuvre joue sur l’intériorité avec lyrisme et traduit fort bien la désolation.  Lully, lui, pour la même occasion fera entendre un Dies irae et un De profundis, en opposition avec celui de Charpentier : grandiose et majestueux.
L'extrait du De profundis de Charpentier (H 189)  est le dernier numéro de l'œuvre « requiem aeternam » (donne leur le repos éternel). Les phrases s'élèvent dans une atmosphère éthérée.
Écoutez aussi la rythmique de la basse qui résonne comme le son du glas !
Le De profundis de 1689 de Michel-Richard de Lalande (1657-1726),
Majestueux grave et poignant c’est l'un des plus beaux chefs-d'œuvres du répertoire français.
8 solistes, chœurs à 5 voix et orchestre à 5 parties à la française.
L'extrait se situe au début de l’oeuvre.
Comme dans beaucoup de « De profundis », le début du texte est distribué à un soliste de voix grave sur une marche lente.
Ce qui est incroyable, ici, c'est le traitement dramatique du choeur dans les premières phrases : la rythmique, les silences derrière le mot clamavi….
Sous la baguette de Olivier Schneebelli, chef et enseignant à la chapelle royale de Versailles.
Le De profundis écrit en 1704 par Henry Desmarest (1661-1741) 
Le compositeur y montre tout son art du contrepoint au  style élégant, raffiné pour livrer une pièce majestueuse et grave.
Que seraient devenues la carrière et l’œuvre d’Henry Desmarest si pour une sombre affaire de mariage non consenti par la famille de la mariée, il  n’avait été condamné à mort par contumace et contraint à l'exil….  
Peut-être mon “De profundis” préféré, de part l'équilibre général de la pièce.
Intégrale par Le concert spirituel et Hervé Niquet
Poignant et élégant … 
Le De profundis de 1723 d’André Campra (1660-1744)
4 solistes, choeur à 5 voix, orchestre à 5 parties à la française avec en sus deux hautbois et deux flûtes.
Une composition de l'ampleur de l'œuvre célèbre de de Lalande, son contemporain, que Campra composa dans les premiers mois d'exercice au service du Roi comme sous maître de la musique de La Chapelle royale.
Œuvre brillante et fastueuse aux multiples couleurs et atmosphères.
Le choeur chante le « quia apud te » sur une dynamique dansante. 
Précédée du sombre et dramatique « requiem aeternam », rappel des premières pages de l'œuvre, la fin, en fugue, brillante et pleine d'espoir, sur le texte « et lux perpetua ».
Cet extrait comme le précédent par Les arts florissants et William Christie.
Le De profundis de 1748 de Jean Joseph Cassanéa de Mondonville(1711-1772)
Le plus  tardif compositeur de cette période baroque et de l'ère  de Louis XIV montre un style bien nouveau, de part  sa personnalité. 
Ce violoniste virtuose nommé sous-maître de la musique de La Chapelle – il s’agit de la Chapelle royale –  en 1740, va écrire 17 grands motets donc 9 sont parvenus jusqu'à nous.
Par son art de l'orchestration, son inventivité, son expressivité, il va donner une couleur, un dramatisme inhabituel qui donne un nouveau souffle au grand motet à la française….
Une belle pièce aux traitements du texte surprenants, si on les compare aux œuvres équivalentes du baroque français.
A écouter intégralement,  
William Christie,  bien sûr …
Pour finir, 
une petite incursion dans le domaine symphonique avec un compositeur suisse du 20e siècle injustement peu joué. 
Arthur Honegger a composé 5 symphonies.
Sa troisième symphonie, la plus développée, créée en 1946, est la seule à être une « musique à programme ».
Un thème précis : « J’ai voulu symboliser la réaction de l'homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance […]… J'ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l'abandon aux forces aveugles qui l'enserrent et l'instinct du bonheur, l'amour de la paix, le sentiment du refuge divin… »
La symphonie developpe trois mouvements, dont les noms tirés de prières chrétiennes, répondent à la vision du compositeur sur la réflexion qui motive l’oeuvre. 
1 dies irae (jour de colère) 
2 de profundis (des profondeurs, je t’implore)
3 dona nobis pacem (donne-nous la paix)
J'ai choisi le deuxième mouvement par Charles Dutoit et L'orchestre symphonique de la radio bavaroise. 
Bon dimanche à tous!

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 31 OCTOBRE

Pour cette fête de tous les saints du 1 novembre, se voulant joyeuse et qu'il ne faut pas confondre avec le 2 novembre où l’on honore les défunts, j'ai choisi de suivre les textes latins du liber usualis. 

 
pour l’Introït : 
Gaudeamus omnes
« Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd'hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. »
D'un auteur que j'affectionne particulièrement, et pas seulement pour sa biographie ou même sa légende trouble et sulfureuse, mais plutôt, pour son monde musical si hors du temps et des styles.
Compositeur de la fin de la Renaissance, Carlo Gesualdo,  fascinant par ses audaces harmoniques, compose des pièces d'une grande puissance expressive.
Extrait des sacrae cantiones, chanté par l'ensemble « la main harmonique », on y retrouve tout ce qui caractérise l'auteur : l'audace, l'expressivité dans une interprétation dynamique, épurée des traditions vocales du 19e et 20e siècle !
 
pour le Graduel :
Timete Dominum
« Craignez le Seigneur, vous tous ses saints :
car rien ne manque à ceux qui le craignent.
Et ceux qui cherchent le Seigneur ne manqueront d'aucun bien. »
 
Bien sûr, plusieurs musiciens ont écrit des messes entières consacrées à la fête de tous les saints.
La «Mass for five voice with propers from the feast of all saints » de William Byrd, compositeur anglais de la renaissance, fait partie de ses œuvres les plus célèbres et les plus abouties.
Les Sixteen … Que j'aime cet ensemble pour leur homogénéité et les interprétations tout en finesse de leur chef Harry Christophers !
 
pour l’Offertoire :
Justorum animae
« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment du mal ne les atteindra pas.
A la vue des pêcheurs, ils semblent mourir, mais ils reposent en paix. »
On trouve à travers les siècles beaucoup de mise en musique de ce texte extrait du livre de la sagesse de l'ancien testament .
Voici mes deux préférées :
 
Celle de Orlando di lasso,
compositeur  prolifique de la Renaissance, reconnu, déjà à son époque, à travers l'Europe entière.
Si j'aime ce motet, c'est en grande partie grâce à  l'interprétation du Monteverdi choir.
Le tempo étiré à la limite des voix et du déséquilibre musical porte le texte à une dimension … céleste ?
Que dire de plus … écoutez !

Et celle de Sir Charles Villiers Stanford, chef, compositeur, qui dans l'Angleterre de la fin du 19e siècle produit des œuvres sacrées dans la plus pure tradition anglicane, Professeur rayonnant sur tous les pays anglophones dont les élèves furent Gustav Holst et Vaughan Williams entre autres, il excelle dans une musique romantique tardive. 

Son motet « Justorum animae » pour 7 voix est une splendeur d'écriture post-romantique, proche des pages sublimes de Brahms.
La version des Cambridge singers et du chef John Rutter, lente et legatissimo, est sûrement l'une des plus légitimes, Stanford ayant enseigné, présidé, dirigé et aussi composé la plupart de ses pièces sacrées à Cambridge.

pour la communion : 

Beati mundo corde 

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ; Heureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu ; Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ».
L'antienne grégorienne chantée pour la solennité de la Toussaint me semble la plus belle mise en musique de ce texte célèbre du sermon sur la montagne  extrait des Béatitudes .
Dès les premières notes, le texte s'élève.
Le Choeur grégorien de Paris en donne une vive et lumineuse version.
« O quam Gloriosum »
Mais l'un des textes le plus entendu reste néanmoins le « O quam Gloriosum », antiphone des secondes vêpres.
Le motet, chanté à Saint-Eustache depuis au moins 20 ans en post homélie, est de Tomas Luis de Victoria.
Le plus célèbre compositeur de la Renaissance espagnole fit une grande partie de sa carrière à Rome.
Une écriture austère, sans doute, mais avec quelques madrigalismes qui caractérisent son style très personnel.
Grand perfectionniste, son œuvre est modeste comparée à celle de Palestrina ou de Lassus.
Il s'est consacré uniquement à un répertoire sacré et a perfectionné son style, épurant et remaniant ses œuvres pour en tirer son idée de l'équilibre musical et de la substance première « musique et texte ».
Extrait d'un très bel album de concert,
Le Monteverdi choir et leur chef sir John Eliot Gardiner 
 
Bonne fête de la Toussaint à tous !

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 24 OCTOBRE

Pour ce trentième dimanche de l'ordinaire, le choeur des Chanteurs de Saint-Eustache est en vacances mais une petite lettre musicale dominicale était en gestation !

La voici !

J'ai choisi une cantate de Jean Sébastien Bach écrite en 1723 dans les premières semaines de sa prise de fonction à Leipzig. Une cantate de « haut vol », un concentré d'inspiration, de virtuosité, de contrepoint et de rhétorique musicale.

« Siehe zu, dass deine Gottesfurcht nicht Heuchelei sei » (Veille à ce que ta crainte de Dieu ne soit pas hypocrisie)

Bach réutilisera de nombreuses parties de cette œuvre pour des pages ultérieures.

De quoi prouver qu’il estimait énormément ces quelques belles pages !!!

L'une des particularités musicales de la cantate BWV 179 tient sûrement dans le traitement du chœur d'entrée d'une sobriété qui va jusqu’à l’austérité. Elle est contrebalancée par une ornementation que les interprètes peuvent accentuer et adjoindre à un tempo plus soutenu, pour offrir un style beaucoup plus galant et brillant…

C'est le cas de la version Gardiner dont je vous ai mis le lien à la fin de cette lettre.

Néanmoins, je préfère la version de Maazaki Suzuki, plus calme et plus sobre et par conséquent plus proche d'une traduction musicale du texte.

Comme dans un simple motet, le compositeur distribue les instruments « colla parte » des chanteurs ( ce qui correspond à doubler les voix par les instruments).

L'austérité est perceptible par la forme musicale employée.

Une stricte contre fugue trahit forcément une certaine rigidité qui se justifie parfaitement ici par le texte du livret.

Contre fugue : chaque entrée du sujet est suivie d'une entrée en sens inverse.

Une partie centrale en chromatisme relie cette première fugue à une deuxième fugue élargie et encore plus complexe. Par ce procédé de rhétorique musicale,  Bach veut montrer l’hypocrisie de celui qui n’obéirait pas au précepte divin, comme le dit le texte de la cantate : « ne sers pas Dieu avec un cœur faux ».

Bach reprend  ce chœur d'ouverture pour le kyrie de la messe en Sol majeur BWV 236.

L’aria de soprano me touche au plus au point, sûrement de part ma culture et mon passé musical d’hautboïste.

C'est une prière, une imploration que la voix de soprano partage avec les deux hautbois d'amour.

Bach a réutilisé ces pages dans le « qui tollis » de sa messe en la majeur BWV 234.

Enfin le choral final m’émeut par sa mélodie, son harmonisation et sa densité.

Bach l’inclura dans la cantate BWV 93.

Pratiquées par de nombreux compositeurs, les réutilisations d'œuvres sont courantes à travers les âges.

Que Bach, par praticité, l'ait fait de nombreuses fois, apparait légitime vu le nombre de commandes ou d'œuvres à fournir pour sa charge de maître de chapelle

L'utilisation de nombreux passages de la cantate BWV 179  dans des œuvres postérieures est révélatrice de l'extrême force créatrice de Jean Sébastien dans ces mois de l'an 1723…

“Dénichée” sur YouTube, une captation de cette belle œuvre dirigée par Sir John Eliot Gardiner et le Monteverdi choir.

https://youtu.be/hP5zWviUyjM

Bonne semaine à tous ! 

 

 

LA LETTRE  DU  DIMANCHE 17 OCTOBRE

Commençons ce parcours musical dominical du 29e dimanche du temps ordinaire par des extraits d'une belle cantate de JEAN SEBASTIEN BACH écrite dans une tonalité majeure. 

C'est suffisamment rare dans le répertoire des cantates de Bach, dont la plupart commencent en mineur, pour être mentionné.

La cantate  BWV 139 fut écrite,tout comme la cantateBWV 115, citée dans ma lettre précédentedurantla deuxième année du séjour de Bach à Leipzig en 1724 pour le 23e dimanche après la Trinité.
« Wohl dem, der sich auf seinen Gott » (Heureux qui peut s'en remettre à Dieu)
Comme souvent, le chœur d'ouverture est une fantaisie chorale avec orchestre concertant, violons et deux hautbois d'amour, dont le compositeur appréciait énormément les spécificités et couleurs. Le cantus firmus est exposé par les sopranos,  les trois autres voix l’accompagnenten imitation sur un thème très positif : la confiance et la foi …
Dans le choral de fin « Dahero Trotz der Höllen Heer » (Malgré les hordes de l'enfer)
le thème que l'on entend  à l'ouverture de la cantate, comme souvent en cantus firmus, est une mélodie de Johann Hermann Schein (1628) dont le texte est : « Machs mit mir, Gott, nach deiner Güt » (Fais de moi, Dieu, selon ta bonté).
En somme, une bien belle cantate à l'esprit  frais et léger !!!
Comme souvent, les deux liens ci-dessous du chœur d'ouverture et du choral final sont extraits de l'intégral du « Bach Collegium Japan» dirigé par Masaaki Suzuki. Le tempo allant m'y semble adéquat pour traduire et mettre en valeur la substance du texte.
Alors, êtes vous prêt à reconnaître la mélodie de ce dernier choral  dans des œuvres d'autres compositeurs ?
Dans le chorale prélude pour orgue  de Johann Ludwig Krebs (milieu de 18e siècle)
ou dans le prélude pour orgue (1903) de Max Reger,
Mais J.S. Bach l’a, lui-même, maintes fois réutilisé pour des préludes ou, par exemple, dans le choral 22 de la deuxième partie de la « Passion selon saint Jean».
Par Tom Koopman
Une version bien différente, toute en retenue, très lente, mais tellement habitée, de ce même choral, enregistré à la Philharmonie, par «l'ensemble Pygmalion» dirigé par Raphaël Pichon.
Retournons à ce 29e dimanche du temps ordinaire.
L'offertoire de ce jour s'intitule «Meditabor » (je méditerai tes préceptes).
J’ai choisiun compositeur allemand célèbre dans la deuxième partie du 19e siècle, tombé dans l'oubli, et qui sort enfin de l'anonymat depuis quelques décennies : Josef Rheinberger. Il fut le grand maître de la culture musicale classico-romantique tant comme compositeur que comme pédagogue renommé et joua un grand rôle dans la musique sacrée catholique en Allemagne.
Ses messes, motets, hymnes reviennent au répertoire de plusieurs grands chœurs sacrés.
Son « Meditator » est assez représentatif de son traitement du chœur dans des pages méditatives …
Deux chœurs dirigés par Charles Bruffy
Dans l'Alleluia de ce dimanche le verset est tiré du psaume 145 « Lauda, anima mea Dominum ».
Je voulais vous faire découvrir la musique du 20e siècle du compositeur danois néo-classique  Vagn Holmboe, l'un des plus importants après la mort de Nielsen.
Extrait de son liber canticorum en 4 volumes qu'il composa sur une trentaine d'années entre 1950-1980.
On peut y entendre une certaine tradition musicale anglaise, celle d’un Vaughan Williams ou Stanford mais aussi du folklore des pays des Balkans, une musique dont le compositeur Kodaly s’est également inspirée.
Très intéressant et surtout peu connu de nos oreilles d'Europe continentale !
Pour finir et parce que ce motet et son interprétation me plaisent particulièrement.
D'Orlando di Lasso, sa version du psaume 145 « Lauda anima mea »
Superbes chœurs et un chef magicien : Erik van Nevel
Effet de spécialisation transparent !!!

Bonne semaine à tous !

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 10 OCTOBRE

C'est dans l'ancienne liturgie tridentine que je tire mon inspiration musicale pour cette lettre musicale hebdomadaire.

Ce 28e dimanche du temps ordinaire, initialement 20e dimanche après la Pentecôte, possède quelques textes latins mis en musique par des compositeurs de toutes les époques.

Le graduel  (que l'on chantait à la place du psaume actuel, juste après la première lecture) est le « Oculi Omnium in te sperant Domine » (les yeux de tous mettent en vous leur espérance, Seigneur)

Il est tiré du psaume 144 v 15.

Orlando di Lasso, compositeur très prolixe de la Renaissance, le « divin Orlande » comme le nommait le poète Pierre de Ronsard, était connu et reconnu dans toute l'Europe au milieu du 16e siècle.

Son style peut se résumer à « pas d'a priori ».

Il se permettait toute liberté tant sur le plan stylistique que sur la structure musicale.

J'ai choisi une version particulière.

La pièce est écrite pour 5 voix.

Il faut avoir à l'esprit que l'on pouvait distribuer à l'époque les voix  selon les musiciens ou chanteurs disponibles !

Ici, seules les voix de ténor et de basse sont chantées. Les parties de sopranos, altos et quintus sont exécutées par des cuivres.

Le résultat est superbe et le texte forcément mieux défini et distinct.

Par l'ensemble «Concerto Palatino» et Erik van Nevel

https://youtu.be/3kebkPyQrIg

Restons avec l'« Orphée belge », un autre surnom donné á Orlando di Lasso par ses contemporains.

L'offertoire de ce jour est un extrait du célèbre psaume 137 « Super flumina Babylonis » (sur les bords des fleuves de Babylone)

Lui aussi, de nombreuses fois mis en musique.

C'est une élégie funèbre sur la perte de Jérusalem par le peuple juif.

Ce thème et surtout le réalisme de l'écriture est à l'origine probable de cet engouement musical !

L'intérêt de l'écoute de ce motet vient du fait qu'il est serti de madrigalisme, procédé descriptif  traduisant musicalement ce que l'on évoque.

La pièce est surprenante et quelque peu déroutante par ses arrêts, ses bégaiements et reprises de mots traduisant la douleur et les pleurs…

Par le «Choeur de Chambre de Namur» · La Fenice · Jean Tubéry

https://youtu.be/OPa1yqpzdAM

Intéressant de mettre en parallèle un contemporain de Orlando di Lasso, Philippe de Monte compositeur flamand qui partagea sa carrière entre l'Italie et Vienne et dont l'univers musical est bien différent de celui de « son collègue ».

Une très belle version dans une tonalité mettant en valeur la qualité du choeur et la luminosité de cette belle pièce renaissance.

Par l'ensemble «Contrapunctus».

https://youtu.be/pJo6DUEA7FQ

Impossible de ne pas parler du plus célèbre et majestueux motet français écrit sur ce psaume.

Michel-Richard de Lalande, l'un des compositeurs du roi Louis XIV, écrivit essentiellement des grands motets pour sa charge de maître et surintendant de la musique.

Ce grand motet versaillais de 1687 dans la plus pure tradition française (petit choeur à 3 voix, solistes, grand choeur à 5 voix) sublime et théâtralise  le texte grâce à son écriture  particulièrement suggestive.

Quatre mouvements du grand choeur structurent l'œuvre.

Nous sommes, après une symphonie orchestrale, transportés de la déploration et du cri de détresse des juifs exilés sur les rivages de Babylone à la jubilation du baryton solo et du choeur sur « hymnum cantate nobis »

« les Arts florissants »  !!!

https://youtu.be/9mllRRWrlfI

Une projection sur notre époque maintenant.

Deux compositeurs que j'apprécie particulièrement pour leur écriture musicale bien que très éloignés l'un de l'autre.

Tout d’abord un estonien.

Son écriture minimaliste et épurée utilise des rythmes simples et sur principalement trois notes s'inspirant des sons d'une clochette .

C'est le style tintinnabuli d'Arvo Pärt.

En 1976, il met en musique pour Choeur et ensemble instrumental le psaume 137 « An Den Wassern zu Babel »

Hiératique et ascétique !

Paul Hillier et le « Estonian philharmonie Chamber choir »

https://youtu.be/GEgq6aIk5Tg

Enfin pour finir, les yeux tournés vers le ciel,

l'«Oculi omnium » par l'américain Eric Withacre

Plus facile d'abord, sa musique mélodique et ses procédés de superposition d'accords et de clusters sont très vite reconnaissables.

Choeur de femmes en division et de superbes amen avec l'adjonction des voix d'hommes.

Eric Whitacre et les «Eric Whitacre Singers»

https://youtu.be/NXvFWLfZ4ng

Bonne semaine à tous !

 

 

LA  LETTRE  DU 3 OCTOBRE

Pour ce 27e dimanche du temps ordinaire, 
en s'inspirant du missel romain, commençons notre parcours musical par deux extraits de la Cantate BWV 115   « Mache dich, mein Geist, bereit » (Tiens-toi prête  mon âme ).
 
Elle fut écrite par Jean-Sébastien Bach en 1724 au cours de sa deuxième année à Leipzig.
L'intérêt et la célébrité acquise par cette cantate tiennent tout d'abord à son orchestration concertante amenant le traverso (flûte), le hautbois d'amour et les violons (à l'unisson dans le chœur d'ouverture) à une virtuosité très poussée, mais aussi aux matériaux musicaux utilisés.
 
Le chœur d'ouverture sous forme de passacaille avec orchestre concertant et chœur (les sopranos en cantus firmus et les trois autres voix en imitation ou homophonie) donne la part belle à la flûte, au hautbois d'amour et aux cordes à l'unisson.
 
Le thème choral que l'on entend aux sopranos est une mélodie du 17e siècle utilisée comme air à danser puis comme chant d'église à partir de 1694. Depuis, cette mélodie parcourt les siècles dans des pièces pour clavecins, des œuvres chorales jusqu'au 19e siècle et des adaptations dans de multiples langues…
Je suis sûr que vous allez la reconnaître !
 
 
Puis le choral final à quatre voix. On y retrouve intégralement à quatre parties vocales et instruments colla parte, le cantus firmus du chœur d’ouverture. C'est plutôt à travers cette écoute que vous reconnaîtrez la mélodie anonyme de « Straf mich nicht in deinem Zorn ». 
Quelle est la version française devenue un chant d'église de nombreuses paroisses ?
 
J'ai choisi la version tonique et engagée de John Eliot Gardiner.
Le traitement orchestral est de toute beauté, extrêmement bien mis en valeur par le jeu, le phrasé incisif des instruments et aussi la prise de son de ce bel enregistrement.
 
 
C'est l'occasion de rapprocher de ces extraits virtuoses de J.S. Bach, les deux derniers mouvements du grand motet « Exaudiat te Dominus » d'un de ses contemporains, le compositeur français Joseph Bodin de Boismortier (1689 1755). Plus que pour ses œuvres vocales, Boismortier est connu pour ses pièces instrumentales, en particulier pour flûte, dont il était un joueur exceptionnel. 
 
Cette œuvre, datant de 1728, est extraite du psaume 19 qui fut très souvent mis en musique par les musiciens français sous Louis XIV et chanté avec le Te Deum.
C'est une prière pour un roi chrétien.
« Ceux qui n'espèrent que dans la puissance temporelle périssent.
C'est du ciel que vient la force et la gloire »
L'occasion est trop grande pour les compositeurs d'user de tout leur art, d'un nombre conséquent d'instrumentistes et de chanteurs  pour magnifier ce texte éloquent !
 
J'ai choisi ce motet de Boismortier pour son utilisation particulière des flûtes et autres vents : de grandes gammes lancées fusant à travers les voûtes, percutées par les timbales et les cuivres, comme dans les dernières œuvres opératiques de Jean Philippe Rameau. 
 
On remarque aussi de grandes parties de chœur à l'unisson sur des vocalises traitées de façon très instrumentale. Tout cela est fort étonnant et l'on imagine grandement la stupeur de l'auditoire à l’époque.
Par Hervé Niquet et  «Le Concert Spirituel».
Deux extraits qui s'enchaînent dans l’œuvre :
 
 

Et pour finir un motet, virtuose lui aussi, extrait des «Vespro della beata Vergine» de Claudio Monteverdi. L'audition et la lecture du lien, que je vous envoie, vous montreront toute l'étendue de l'art du maître dans les imitations très rapprochées des deux chœurs à 5 voix.

Ces vêpres sont reconnues pour être difficiles à exécuter et preuve à l'appui, à vos casques !!!
La belle, rapide et limpide interprétation du Nederlands Kammerkoor et René Jacobs !
 

 

 

LA  LETTRE DU 26 SEPTEMBRE

Pour ce 24e dimanche du temps ordinaire,

je ne résiste pas à vous écrire quelques mots sur l’introït et le graduel de la messe du jour, tous les deux extraits du psaume 121.
Cette messe est tournée vers la Jérusalem céleste.
L'introït évoque la paix, nom propre de Jérusalem signifiant vision de paix.
Ce « Da Pacem »  grégorien est un superbe chant de paix du mode premier, lumineux et élégiaque
« Donne la paix, Seigneur, à ceux qui attendent, afin que tes prophètes soient reconnus fidèles; »
 En voici une belle interprétation par l'ensemble  « Doulce Mémoire» :
Le graduel  « Laetatus sum »
(extrait lui aussi du psaume 121) fait allusion au pèlerinage des fidèles dans la maison du Seigneur.
« Je me suis réjoui de ces paroles qui m'ont été dites: nous irons dans la maison du Seigneur »
Véritable chant de joie que beaucoup de compositeurs ont traduit en musique suivant leur culture et l'esthétique de leur époque bien évidemment. Il était exaltant de rechercher diverses œuvres très contrastées!
Tout d’abord, une pièce à multiples chœurs, du maître italien du 17e siècle, Orazio Benevoli. Ayant consacré toute sa vie à la musique sacrée au sein du Vatican dans la Chapelle Giulia et la basilique saint Pierre, il était reconnu pour son agilité en polyphonie.
Il composa ainsi de nombreuses messes et psaumes pour 12 à 16 voix divisées en multiples chœurs.
Idéal pour magnifier le psaume 121 par exemple.
Par l'ensemble « Le Concert Spirituel »  et leur chef Hervé Niquet.
Un célèbre contemporain de Benevoli mais français.
Marc Antoine Charpentier utilise de tout autres effets pour exprimer par de multiples intervenants, orchestre, solistes, chœur et des vocalises à profusions  la joie et la grandeur de ce texte!
Dans la plus pure tradition française et la prononciation « à la française » du latin, cette pièce tirée des vêpres à la Vierge est jubilatoire !
Par les mêmes interprètes,
« Le Concert Spirituel »  et Hervé Niquet
Pour conclure. faisons un écart de quelques siècles avec la pièce écrite par Sir Edward Parry en 1902 pour le sacre du roi Edward VII.
C'est donc une pièce majestueuse et monumentale pour grand orgue et chœur.
Je vous ai trouvé une version pour orchestre et « L'ensemble Gabrieli ».
Impressionnante version qui révèle tout le faste et la tradition musicale anglo-saxonne.
Un petit bis ?
« Mon » Laetatus sum préféré pour son équilibre musical, son allégresse et sa limpidité et son auteur Claudio Monteverdi (1567-1643).
Prédécesseur de Benevoli et Charpentier.
Ma version tonique et chorale par les « Arts florissants ».
Tout est dit…
Bon dimanche à tous !

 

LA  LETTRE  DU 19 SEPTEMBRE

Bonjour à tous !

Et voici la rentrée … une rentrée qui a un goût bien particulier. Nous n'avons pas chanté depuis dix mois mais le lien entretenu par cette lettre musicale durant cette longue période est un véritable cordon ombilical entre les chanteurs et leur chef. J'ai pris grand plaisir à la construire chaque semaine. Cette nouvelle année est l'occasion de la partager avec vous tous !

Un « petit Bach » pour commencer et continuer la tradition des lettres musicales. J'ai choisi deux extraits de la cantate BWV 107 écrite pour le deuxième cycle annuel et le septième dimanche après la Trinité:

«Was willst du dich betrüben?» (Pourquoi veux-tu t'affliger ?)

Une belle cantate écrite pour cor da caccia, deux flûtes traversières, deux hautbois d’amour et cordes. Un très beau chœur solennel écrit sous forme de fantaisie chorale, avec un concerto instrumental conséquent, ouvre cette œuvre. La couleur particulière de ces pages est dûe à l'emploi prédominant des bois (flûtes et hautbois). La majesté de l'ensemble découle du cantus firmus exposé en longues notes épurées.

J'apprécie véritablement ce qui se dégage de ce chœur et de cette interprétation du Chœur Bach Collegium Japan et de leur chef Masaaki Suzuki, ce grand interprète de Jean-Sébastien Bach à qui l’on doit un enregistrement de l’intégrale des cantates de Bach.

https://youtu.be/vflrFleC8uI

Le choral final est développé est non énoncé comme un simple choral homophonique. Jean-Sébastien Bach y développe un riche concerto instrumental sur un rythme de sicilienne (une rythmique ternaire) où s’insèrent les 4 voix du choeur. C'est une cantate de très belle facture !

https://youtu.be/5q825zSnIWU

Voici, pour conclure cette lettre, une petite découverte. Un compositeur autrichien du premier baroque (que l'on appelle aussi baroque « primitif ») : Johann Stadlmayr (1575-1648), chef d'orchestre de la cour de Salzbourg, écrivit essentiellement des œuvres sacrées. J'ai choisi un de ses motets à 18 voix où l'on entend un Monteverdi “tyrolien” en quelque sorte. Solistes, double, triple chœurs et cuivres se répondent et se mêlent.

Ce n'est pas une nouveauté en soi. Les compositeurs de toute cette période comme Heinrich Schütz, Samuel Scheidt ou la famille Gabrieli font appel à ce système d'écriture en imitation pour assembler le plus finement possible ces multiples voix réunies en « grappe » de chœurs et de cuivres dès que l'on célèbre avec prestance de grands offices solennels comme Noël. Cet « Exultate Deo » en est un exemple.

https://youtu.be/psy4Cfx0Ibg

L'ensemble « les Cornets Noirs » et le Munich Orpheus Choir ! Dans le majestueux vaisseau qu'est l'église Saint-Eustache et pour une messe de rentrée paroissiale, je l'entends très bien !!!!

Bonne semaine à tous !!!

 

LA  LETTRE  DU 12 SEPTEMBRE

Bonjour amis Chanteurs !
Ma lettre musicale sur le thème de Marie …
Tant de textes et d'œuvres autour de la Vierge Marie !
J'ai choisi arbitrairement des pièces que j'écoute en ce moment. Je vous les envoie dans l'ordre chronologique …
Toutes les interprétations sont de mon ensemble préféré The Sixteen pour leur homogénéité, leur musicalité, leur pâte sonore …
Tout d'abord le Salve Regina grégorien.
Chanté ainsi, même si les puristes reprocheront le phrasé quelque peu moderne …
Un Ave Maria parmi des milliers !
L'un des plus beaux enregistrements des Sixteen sur Tomas Luis de Victoria
L'Ave Maria à 8 voix
Le jeu des deux chœurs en répons est très audible.
Le plaisir d'entendre des chanteurs chanter pleine voix est jouissif !
Un Ave Maris Stella
« Salut, étoile de la mer… »
Que l'on chante surtout pendant l'Avent.
Un superbe texte …
Une œuvre assez connue il me semble.
Je n'ai jamais fait chanter du Edward Grieg, compositeur norvégien romantique célèbre pour ses œuvres orchestrales comme la musique de scène composée pour l'œuvre Peer Gynt ou son célèbre concerto pour piano.
Ici une belle interprétation lente très romantique. Prouesse d’un chef qui parvient à donner l’impression d'une première écoute pour une œuvre pourtant rabâchée par de nombreux chœurs.
Benjamin Britten et son magnifique Hymn to the Virgin.
Double choeur et final majestueux avec variation sur le thème répété un certain nombre de fois …
The Sixteen ose les nuances extrêmes.
Sir John Tavener, l'Hymn for the dormition of the Mother of God.
Dormition ou assomption, là est la question ?  L'église orthodoxe insiste sur la douceur de la mort de Marie grâce à sa confiance en Dieu. Elle s'endort sereinement …dormition. Mais le sujet est beaucoup plus complexe et historique sur l'idée de l'immaculée conception, de la place de Marie dans l'église, vaste sujet à débattre.
Néanmoins la pièce de Tavener est superbe rejoignant les origines du chant liturgique avec des intonations quelque peu grégoriennes puis une combinaison de voix à l'octave regroupées par deux pupitres et un jeu parallèle des voix. Des procédés que l'on retrouve dans la pièce the Lamb que nous avions chanté en fin de messe de Pâques 2018, messe en hommage aux pompiers ayant sauvé Notre-Dame …
The sixteen …que dire….
Et on finit par la pièce que je préfère et que je me risque à vous envoyer.
Beaucoup de procédés et utilisations que l'on n’utilise que très peu à Saint-Eustache.
Ce n'est pas de la musique contemporaine inaudible et les procédés ne sont pas révolutionnaires, loin de là …
Vous pourrez retrouver là aussi le lien avec le grégorien, le chant en parallèle, les accords pleins avec doublure multiple par des divisions dans chaque pupitre mais aussi profusion de bouches fermées, d'ornements style orientaux, de jeux d'échos.
Cette pièce s'ouvre et se referme comme un éventail en densité mais aussi  sur toute l'histoire de la musique sacrée du 9eme au 21eme siècle …
A écouter au casque sinon vous perdrez beaucoup d'information.
Peut être serez vous perdu lors des passages atonals. Cela ne dure pas !
Les séquences voix d'hommes sont très surprenantes de force et le contraste avec la séquence voix de femmes en est d'autant plus grand …
Tout l'art de The Sixteen est mis à contribution …
O Virgo Prudentissima de James MacMillan ( et oui je suis très fan)
Pour onze voix et composée pour The Sixteen)

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