Lettres

RETROUVEZ  LA  LETTRE  MUSICALE  DU  CHEF  DES  CHANTEURS ! 

Chaque semaine, Lionel Cloarec nous convie à partager des instants musicaux : 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE  15 MAI 2022
5e dimanche de Pâques

Nous voici le dimanche 15 mai, ou dimanche Cantate Domino (de l’introït du jour)

Pour ce cinquième dimanche de Pâques, j'ai choisi de décliner au fil du temps le Cantate Domino, une pièce ou compositeurs et souvent chanteurs témoignent de tout leur art. Il est bien rare de lire ou d’entendre des Cantate Domino dans la retenue et l'introspection !
Du Moyen-Âge à nos jours, les mises en musique de ce texte jubilatoire offrent l'embarras du choix : motets, grands motets, œuvres contemporaines.

Commençons par un motet d’Orlando di Lasso (1532-1594), écrit en 1575 pour le duc de Bavière, dit Albert le magnifique. Souverain resté fidèle au catholicisme, il fit de sa cour un lieu hautement artistique. Le compositeur, déjà célèbre, arrivé à l’âge de 24 ans y restera jusqu’à sa mort.
La pièce est la première d’un recueil à chanter en famille.
Dans la plaisante interprétation de l'Ensemble l'Échelle, le trio des voix est doublé par des instruments … devinez lesquels.
L’œuvre est écrite en deux parties :
1e partie:
https://youtu.be/OaopXJtdTv4
2e partie :
https://youtu.be/7RWnGDCsayM

Quittons la Bavière de Lasso pour la Saxe avec Heinrich Schütz (1585-1672).
Organiste et maître de chapelle à Dresde, il est l'un des principaux représentants du premier baroque .
Le Chœur de Dresde dans un extrait de leur superbe intégrale Schütz .
Opus 4 donc à 4 voix mixte (des imitations, des mélismes, très italianisants) écrit en 1625
https://youtu.be/e1oaQhIQIzs

En France, Étienne Moulinié (1599-1686) est maître de musique de Gaston d’Orléans, frère du roi et côtoie les musiciens de la cour de Louis XIII, comme Eustache du Caurroy. C’est un musicien qui a du succès et publie beaucoup, en particulier des airs de cour et œuvres de circonstance. Son écriture est moderne par bien des points comme l’emploi de la basse continue et des modes modernes.
Le «Cantate Domino» fait partie des meslanges écrits pour le prince.
L'Ensemble Correspondance est un régal !
https://youtu.be/hspZ8gOp9MY

Revenons quelques décennies en arrière avec Claudio Monteverdi (1567-1643) à la jonction de la Renaissance et du Baroque
Son «Cantate Domino» virtuose est incroyable de clarté malgré le foisonnement des 6 voix.
The Cambridge singers y est aussi pour quelques chose
https://youtu.be/S53mgYN6bDk

Henri Du Mont (1610-1684), musicien baroque de la première partie du règne de Louis XlV,  inspira des musiciens comme Lully et de Lalande …
Son «Cantate Domino» avec basse continue fut au répertoire des chanteurs de Saint-Eustache pendant un long moment.
Par le Chœur de chambre de Namur.
Une version pas assez ciselée à mon avis pour être distincte dans une acoustique réverbérante d'église mais c'est joliment interprété .
https://youtu.be/iAR90q79RVQ

A la fin du Baroque, la réforme étant passée par là, Jean Sébastien Bach (1685-1750) compose, lui aussi, un
«Cantate Domino» mais en allemand : « Singet dem Herrn », un motet virtuose en trois parties.
Que de versions possibles à écouter !
Il y a les plus grands chefs spécialistes du baroque sur les rangs.
Gardiner que je trouve toujours précieux mais qui essaie de superbes nuances à la limite du «non chant» dans la partie centrale …
Suzuki avec son ensemble, d'un équilibre qui donne le temps de respirer avec eux.
Juste un extrait : la première partie
Japan ensemble
https://youtu.be/4NP6L-_446c
la version ciselée à l'extrême de Gardiner …intéressant …
https://youtu.be/sBsYypoPIgg
Écouter ces 2 extraits, l'un après l'autre surprend, n'est ce pas ?
On entend là des concepts très différents, qui s’accentuent encore plus dans les deux parties qui suivent.

Pour terminer deux derniers « Cantate Domino », cette fois du XXe et XXIe siècle.

Né en 1935, l’estonien Arvo Pärt compose son « Cantate Domino » en 1977. L’oeuvre s'inscrit dans la seconde partie de son œuvre (celle du style tintinnabuli en référence au tintinnabulum = une clochette dans l’antiquité)… Si vous écoutez bien les vibrations de l'instrument, on perçoit plusieurs sons issus de l'accord parfait … grosso modo
Aux spécialistes d’Arvo Pärt que sont « théâtre of voices », j'ai préféré les « Élora singers »
Ils rajoutent des silences, adaptent la pièce – peut être trop – mais je trouve leur interprétation plus sensible et plus musicale.
pour ensemble mixte et orgue,
https://youtu.be/fjz9O2PJ49Q

Et mon grand coup de cœur : le «Cantate Domino» de Pawel Lukaszeweski.
Des jeux rythmiques d'imitations, des superbes accords, des ambiances très contrastées, surprenantes par leurs couleurs, captivent et étonnent jusqu'aux dernières mesures de l'œuvre.
On ne peut pas vraiment parler de langage contemporain mais l'univers musical bien personnel de ce compositeur et chef d'orchestre polonais de 52 ans, connu surtout pour sa musique chorale sacrée, mérite d'être connu.
Le «Cantate Domino» a été écrit en 2014 et déjà enregistré par plusieurs grands chœurs internationaux dont le somptueux Ensemble Ténebrae .

Sous la direction de Nigel Short :
4 voix mixtes en divisions, a capella
https://youtu.be/HVoAR9bJeZU

Bonne semaine à tous,

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 8 MAI 2022
4e dimanche du temps pascal 

De Bologne, mon lieu de villégiature pour cette semaine, la lettre musicale du dimanche du Bon pasteur ou dimanche Misericordias Domini, dénominations qui font référence à l’évangile du jour pour le premier et à l’introït de ce 4e dimanche du temps pascal pour le second.

Commençons par l’introït
« Misericórdia Dómini plena est terra, allelúia : verbo Dómini cæli firmáti sunt, allelúia, allelúia»
(La terre est remplie de la miséricorde du Seigneur, alléluia, alléluia):
C'est par le verbe de Dieu que les cieux ont été affermis)
Un introït tout simple avec un alléluia résonnant joyeusement !
J'ai choisi une version avec chœur de femmes.

Introït «miséricordia Domini» par
Le chœur grégorien de Paris
https://youtu.be/HZelnDpiVY8

Une petite transgression maintenant avec un clin d’œil à Bologne :
Le « Misericordias Domini » de W. A. Mozart est un offertoire et ne possède pas exactement le texte de ce dimanche.
Commandé en 1775 par le prince électeur de Bavière, cette pièce mineure dans l'œuvre ecclésiastique de Mozart tient une place particulière.
Mozart s'appuyant sur les œuvres minutieusement travaillées de ses prédécesseurs à Salzbourg ainsi que sur quelques pages de Johann Ernst Eberlein, produit une pièce aux contrastes saisissants avec un contrepoint raffiné et de superbes harmonies expressives.
Le jeune Mozart devait être fier du résultat de son labeur puisqu'il fait parvenir une copie de sa composition à son maître et professeur bolognais, le Padre Martini.

«Misericordias Domini» de W A Mozart
Par le « Arnold Schoenberg chor » et Nikolaus Harnoncourt
https://youtu.be/-Kj1yCGRlQY

Une curiosité liée par son texte à ce dimanche du Bon Pasteur : «Ego sum pastor bonus de Wacław de Szamotuły (Wacław z Szamotuł en polonais) compositeur polonais de la Renaissance (1520-1560). Grand érudit, il étudia le droit, les mathématiques ainsi que la philosophie et publia de nombreuses poésies en polonais ainsi qu'en latin.
Il mourut jeune et très peu de ses œuvres musicales nous sont parvenues.
Deux de ses pièces, furent néanmoins, les premières œuvres musicales polonaises publiées hors des frontières du pays dont le :
«Ego sum pastor bonus
Et cognosco oves meas,
Et cognoscunt me meae. »
( c’est moi qui suis le bon pasteur
Et je connais mes brebis,
Et mes brebis me connaissent.
C'est un très beau motet d'un compositeur dont la carrure égale celle d'un Palestrina…
de Waclaw Szamotul par la «capella Marialis»
https://youtu.be/fYl3JaLVNXw

Le psaume 121 fut mis en musique plusieurs fois par Heinrich Schütz (1585-1672), compositeur allemand du premier Baroque.
Dans ce superbe motet de 1619, composé pour solistes, double chœur et basse continue, Schütz démontre qu'il a parfaitement assimilé le style et l'écriture de l'école vénitienne après avoir séjourné auprès des Gabrieli.
Une démonstration toute en beauté !
Le psaume 121 «Ich hebe meine Augen auf zu den Bergen» SWV31 fait partie des psaumes de David écrits entre 1615 et 1619 .

Par l'ensemble «Ulsamer colllegium »
https://youtu.be/6E04XUIfN_8

Écrite à Leipzig en 1731, pour le dimanche Misericordia Domini, la cantate chorale BWV 112 de Jean Sébastien Bach qui s’ouvre sur la parole évangélique «Der Herr ist mein getreuer Hirt» (le Seigneur est mon fidèle berger), était évidemment incontournable.

On y entend deux hautbois d'amour – instruments très appréciés de Jean Sébastien Bach -, un cor d'harmonie et les instruments à cordes habituels : deux violons, alto, basse continue et orgue. Dans le chœur d'ouverture, Bach s'amuse à citer la mélodie du choral « Allein Gott in der Höhe» qui est déjà une adaptation d'un gloria grégorien. On entend cette citation aux deux cors pendant tout le concerto orchestral. Le thème de la cantate est, lui, exposé sous forme de cantus firmus à la partie de soprano (en notes longues quasi toute identiques) pendant que les voix plus basses s'engagent dans un « tricotage » d'imitation !
Je ne me lasse pas de redécouvrir à chaque écoute ces idées, subtilités foisonnantes.

Par l'ensemble Bach collegium Japan et Masaaki Suzuki.
https://youtu.be/zSuBZjQFv2M

Et donc, en villégiature dans la belle ville de Bologne en Italie du Nord, dans la région de l'Emilie-Romagne, une ville hautement culturelle, artistique, historique et gastronomique !!
Une ville riche aussi de son passé musical :
Le jeune Wolfgang Amadeus Mozart y séjourne à l’âge de 14 ans durant l’été 1770, pour parfaire son apprentissage de l'écriture avec le renommé moine franciscain, Giovanni Battista dit «Padre» Martini (1706-1784).
Plus tard, c’est Rossini qui y fera ses études.
Que de grands musiciens à travers les siècles sont passés dans cette ville universitaire, et y ont fait jouer les premières de leurs opéras :
Glück, Wagner, Verdi !
Alors, juste pour le plaisir et parce que j'ai vu la «partition dédicace» d’«il barbiere di Siviglia» dans le musée de la musique, l’intégralité de cet opéra, le plus célèbre de Gioachino Rossini (1792-1868).
Si la première à Rome (1816) fut une catastrophe (guitare désaccordée du primo tenor voulant absolument s'accompagner lui même, puis sa chute à l'acte suivant, Rossini au continuo chahuté par une partie du public et enfin un chat traversant la scène!!), dès la seconde représentation le barbier de Séville devint et resta durant toute la carrière du maître, son oeuvre la plus applaudie.
Je n'ai pas résisté à partager avec vous l'enregistrement de cet opéra avec les chœurs et l’orchestre de Bologne dans leur théâtre communal…l’occasion, aussi, de voir l'intérieur de ce bel édifice

Un enregistrement de 2019.
https://youtu.be/GGhquBgF8Ds

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE  8 MAI 2022

3e dimanche du temps pascal intitulé Jubilate 

Pour ce dimanche qui porte le nom de l’introït grégorien du jour : Jubilate, j'ai choisi essentiellement, des pièces …jubilatoires !

L'exception sera le chant de l'offertoire, extrait du psaume 145 :

« Lauda anima mea Dominum/ Laudabo Dominum in vita mea /Psallam Deo meo, quamdiu ero. »

(Loue, mon âme Seigneur /Je louerai le Seigneur en ma vie /Je psalmodierai pour mon Dieu aussi longtemps que je serai.)

C'est l'occasion de vous faire entendre une pièce pour chœur à capella à 4 voix du danois, Vagn Holmboe (1909-1996), le compositeur danois le plus connu après Carl Nielsen. Vagn Holmboe laisse une œuvre considérable, de style néoclassique, faite de musique orchestrale, de chambre et chorale. Outre son intérêt pour la musique folklorique (roumaine notamment), on entend dans ses pièces l'influence de Stravinsky et Hindemith.

« Lauda, Anima mea »de Vagn Holmboe par Voces Nordicae et Lone Larsen

Place maintenant aux œuvres joyeuses.

Tout d’abord, la cantate BWV103 de Jean Sébastien Bach fut composée à Leipzig en 1725 pour le troisième dimanche de Pâques

« Ihr werdet weinen und Heulen » (Vous allez gémir et pleurer) l'une des dernières paroles de Jésus dans son discours d'adieu à ses disciples. Il y annonce son départ mais en proclamant que leur tristesse se transformera en joie.

Pour illustrer ce message, Bach combine et fait contraster en musique, ces deux sentiments dans une curieuse mise en musique du texte tout à fait inhabituelle
Alors que le  chœur d’entrée en fugato illustrent par des lignes chromatiques descendantes, les pleurs et la tristesse, Bach interrompt le chœur et introduit un récitatif de basse sous forme d’arioso mettant en valeur les paroles du Christ «Ihr aber werdet traurig sein».(Mais vous serez dans le chagrin) avant de la faire reprendre avec le chœur «Doch eure Traurigkeit soll in Freude verkehret  werden» (Cependant votre affliction se changera en joie),  proclamant la joie par de superbes mélismes virtuoses. Joie et tristesse se développent en double fugue pour conclure le mouvement. L'orchestre pendant tout ce premier mouvement est traité comme un concerto grosso avec une prédominance de la flute piccolo obbligato.

En quelques minutes on est témoin du grand art de Jean Sébastien Bach.

« Ihr werdet weinen und heulen », cantate BWV103 par le Bach collegium Japan et Masaaki Suzuki

Une version dynamique, rapide et très précise.

Continuons par Cristobal de Morales (1500-1553), compositeur espagnol de la Renaissance, resté une dizaine années à Rome dans le chœur du pape Paul lll. Il utilisa cette  période pour publier ses œuvres influençant beaucoup de compositeurs italiens dont le grand Palestrina.

Sa musique est emplie d’un mysticisme troublant.  C'est mon humble impression face à ces pages trop peu chantées en France.

« Jubilate deo » de Cristobal de Morales par « Stile antico »

Passons à Venise, avec Giovanni Gabrieli ( 1554-1612). Ce compositeur concentra principalement sa productivité à développer la musique instrumentale (l'orgue) et vocale dans la basilique saint Marc.

Il  est à la jonction de la Renaissance et du Baroque. Les influences franco flamandes se font encore entendre mais avec cette spécificité des double chœurs séparés que l'architecture incroyable de la basilique favorise. Sa musique instrumentale et chorale est plébiscitée dans toute l'Europe, sans doute grâce à ses  compositions richement colorées, grandioses, parfaitement adaptées au lieu et au temps.

« Jubilate deo » de Giovanni Gabrieli par the Monteverdi choir et sur John Eliot Gardiner

Un dernier « Jubilate Deo», cette fois-ci du XXe siècle.

Écrite sur un texte anglais du Jubilate, cette pièce incontournable du répertoire des maîtrises anglaises, fut commandée par le duc d’Edimbourg en 1961 à Benjamin Britten (1913-1973) le plus célèbre des compositeurs anglais (après Purcell peut être !). Elle complète le Te deum datant de 1934 et fut exécutée aux funérailles de ce même duc d'Édimbourg le 17 Avril 2021.

Pour chœur et grand orgue, par the Sixteen et Harry Christophers

Je terminerai en mettant un coup de projecteur sur la symphonie d'un compositeur n'ayant pas écrit de musique sacrée.

Commencée dans la joie de la composition, interrompue pour se consacrer à son métier de chef d'orchestre et peut-être à cause d’une critique blessante d’un ami très cher, Gustav Mahler, le grand musicien autrichien de la fin du 19e siècle, reprendra 6 ans plus tard  la symphonie n°2 pour en écrire le 5e  et dernier mouvement. Dite symphonie  «Résurrection», elle porte d'après les écrits  du compositeur, une vision spirituelle et métaphysique et symbolise pour lui le combat pour arriver à la lumière, le problème de la vie et la mort résolu par la Résurrection…

Un monument qui fut  la fierté et la carte de visite de Gustav Mahler et qu’il dirigea de part le monde…

On la croirait d'un seul élan et pourtant….le chœur ne rentre  que dans ce dernier mouvement. Mahler y décrit son cheminement et son aboutissement à la foi chrétienne :

– le grand appel des trompettes de l'apocalypse .

– un oiseau dans le lointain (solo de flûte ) écho de la vie terrestre ?

– dans un silence, le murmure du chœur : « ressusciter, oui tu vas ressusciter »

Des rappels du troisième mouvement, du cri du désespoir… les doutes bien sûr… l'idée de souffrance et de mort… le thème de la résurrection perce peu à peu.

Difficile de traduire la montée vers l'apothéose, le déchirement des limbes et la clameur annonçant la résurrection Mais c'est un véritable déchaînement triomphal qui conclut cette œuvre d’une heure trente. Le dernier quart d'heure avec le chœur est l'une de mes plus grandes émotions…orchestre triomphant avec orgue, tam-tam, cloches,10 cors, 6 trompettes, 2 harpes. Il est écrit sur la partition de terminer avec la plus grande force possible…. en général les chœurs se donnent entièrement !

Le lien avec partition pour suivre la dernière partie de l'œuvre et les interventions du chœur et des deux solistes…. Ce n'est pas la version que je préfère mais lire en entendant l’œuvre apporte un vrai plus. Cela commence bien avec les trompettes de l'Apocalypse…

La dernière partie du 5e mouvement.

Le 5e mouvement en entier… 30 minutes d'extase… Michael Gielen à la baguette

Ma première version restera toujours ma préférée, je crois…. Boston orchestra et chœur,  Seiji Ozawa et en solistes : Marilyn Horne et Kiri te Kanawa.

Les cuivres typiques américains avec leur son très spécifique, la conduite de phrases de deux très grandes dames, la direction fougueuse de Ozawa… et le chœur qui se donne corps et âme …

Les 7 dernières minutes.

https://youtu.be/UqZkNYawaCI

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 24 AVRIL 2022

Dimanche de l’octave de Pâques

Nous voici le 24 Avril , dimanche qui conclut l'octave de Pâques, l'occasion de fêter de nouveau la joie pascale mais sous une couleur quelque peu différente du jour de Paques.

 

L'introït Quasi modo  donne  son nom et sa tonalité à toute la liturgie de ce dimanche.

« Quasi modo geniti infantes… »

(Comme des enfants nouveau-nés, alléluia,

En vrais spirituels, soyez avides de lait pur.)

C'est bien une ligne de chant, qui se déroule dans une intonation simple et humble. La lecture confirme cette simplicité, avec une ligne mélodique sobre qui s’élève avec légèreté. Une écriture qui semble enfantine et traduit bien le sujet et la tendresse que ce dimanche souhaite transmettre.

Par le Consortium vocal d’Oslo (ensemble norvégien, exclusivement masculin spécialisé dans le chant grégorien ), qui m’a semblé très bien mettre en valeur ce beau texte fluide et élégiaque.

https://youtu.be/CriwkqeURLA

Construite sur la Résurrection, mais aussi sur la foi, les doutes et les craintes, la certitude et l'espérance du croyant, la cantate BWV67 de Jean Sébastien Bach est une cantate de fête comme le montre l’orchestre foisonnant avec cor, flûte, deux hautbois d'amour et cordes. Écrite à Leipzig  dans le  premier cycle de cantates de l'année 1724, elle fait partie de mes pièces préférées. Son équilibre musical, sa construction, ses symboles métaphysiques exemplaires de l'art de la rhétorique musicale du maître en font une cantate très originale et particulièrement remarquable.

L’analyse de l’œuvre peut aussi se faire par la numérologie. Bach comme beaucoup de musiciens baroques était très féru de cet art.

La construction de la cantate est symétrique et en miroir

1 choeur

2 aria ténor

3 récitatif

4  choeur de la Résurrection (au centre de la cantate, tiens donc !)

5 récitatif

6 aria

7 choeur

Sachant que  le chiffre 7 a une haute valeur symbolique et représente tout à la fois la perfection et l’accomplissement, l’oeuvre se développe en 7 parties avec un chœur d'entrée divisible en 7 parties …

7+7= 14

Évidemment on peut s'amuser avec tout cela !

14 : un chiffre que l’on peut décomposer 1 + 4 = 5,  chiffre qui représente l’homme accompli (les 4 éléments enrichis de la part divine…le 1 )

14 : le chiffre de BACH. En attribuant, dans l’ordre alphabétique, une valeur numérique à chacune des lettres de son nom, et en additionnant les chiffres : C = 2 ; B= 1 on obtient 14, un chiffre dont Bach signe plusieurs de ses œuvres.

En fait, je n'ai rien inventé, j’ai appris cela en cours de musicologie au CNSM… Mais on trouve, sur internet, des études très intéressantes sur tout cela…

Et le tout donne une cantate très dramatique, d'à peine quinze minutes, d'un équilibre incroyable avec un tenor solo (l'air y est virtuose et superbe ), un alto récitant, une basse et un chœur (avec des interventions opératiques).

Mais si j'aime beaucoup cette cantate, c'est surtout pour le numéro 6 : l'aria basse solo et chœur.

Incroyable construction en opposition de style !

Chantée 3 fois, une partie à 3/4, pour symboliser le ciel (la basse solo énonce le message de paix  … accompagnée par un trio d'instruments…trois : la trinité ),

chantée 4 fois, une partie en 4/4, pour symboliser la terre (tempo rapide, parole violente du peuple, ses craintes, ses doutes …),

tout ceci  en alternance : lent, rapide, lent, rapide …. cela fait encore 7 parties !

 

La version de ce numéro 6 par Maasaki Suzuki avec une superbe basse chantante.

https://youtu.be/b19N7SL1pp4

 

Un autre extrait, cette fois le choeur d’entrée de la cantate BWV 6, sous la direction de Sir Eliot Gardiner

« Halt im Gedächtnis Jesum Christ »

Gardez le souvenir de Jésus (… qui est  ressuscité des morts )

https://youtube.com/playlist?list=PLoiYnTlQ_5J0nYY1V3wTjEIDWPz45K1_J

 

Le texte de l'offertoire a inspiré un prêtre et compositeur trop peu connu du début du 18e siècle. Giovanni Giorgi sans doute né en Vénétie, aurait été élève de Antonio Lotti. Il fut maître de chapelle de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome à la suite de Guiseppe Ottavio Pitoni  puis partit à la cours de Lisbonne comme compositeur et pédagogue. Il y décède en 1762.

Ce que l’on entend est très intéressant dans le peu d'œuvres enregistrées et éditées de ce compositeur, c'est un mélange de polyphonie Renaissance, que l'on pourrait traiter d'archaïsant et d’influence de l'école vénitienne avec un soupçon de fin du baroque et d'élan vers le préclassique…

« Angelus domini descendit de coelis » de Giovanni Giorgi par le Choeur de chambre de Namur et Leonardo García-Alarcón

https://youtu.be/vYQ15TVliTY

 

Revenons quelques jours en arrière avec une pièce de John Taverner, destinée aux matines du jour de Pâques,

«Dum transisset Sabbatum,/ Maria Magdalene et Maria Iacobi et Salome/ emerunt aromata, ut venientes unguerent Iesum – Vers.1 : Et valde mane una sabbatorum veniunt ad monumentum, orto iam sole »

(quand le Sabbat fut passé, Marie Madeleine et Marie [mère] de Jacques et Salomé achetèrent des aromates pour venir oindre le corps  de Jésus. Et de grand matin, le premier jour après le sabbat, elles viennent au tombeau, le soleil étant déjà levé)

Ce texte extrait de l'évangile de Saint Jean évoque les femmes entourant Jésus. L'importance et la présence des femmes est peu évoquée dans les évangiles et à fortiori dans les œuvres musicales.Par son écriture, son matériau musical, sa mélodie, par son rythme et son jeu contrapuntique, John Taverner nous livre une pièce de toute beauté, qui suggère l’aube, l’écho de la crucifixion, le soleil au delà de la tombe et enfin nous amène grâce à l’alleluya à la joie et à l’espoir…

Sans emphase, l’ensemble « Alamire » développe chaque phrase avec une netteté, une expressivité et une musicalité qui donnent l'impression de découvrir un nouveau Taverner, tranquille et réservé bien sûr, mais avec une musique dont la charge émotionnelle sera encore vivante après des siècles…

Cet ensemble est une de mes grandes découvertes de ces derniers mois…

«Dum transisset Sabbatum» de John Tavener

Par l'ensemble «Alamire» et David Skinner

https://youtu.be/wdMCQ9R3zWU

 

Pour finir, une œuvre composée pour la Pâques orthodoxe qui se fête une semaine après la Pâques catholique, c’est-à-dire ce dimanche.

Nikolai Dilestky, compositeur et musicologue ukrainien du 17e siècle a écrit pour l'église orthodoxe. Il est le premier à avoir composé sur le cycle des quintes … donc des tons voisins… des tonalités dans lesquelles il est facile de moduler en partant d'une tonalité principale.

L'enregistrement des 9 cantiques du Voskrecenski canon (canon de Pâques) que l'on peut suivre  avec la partition.

Par le Chamber choir « Kyiv » et Mykola Gobdych

https://youtu.be/miei_Ex-3fs

Bonne semaine à tous,

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 17 AVRIL 2022

Dimanche de Pâques

Pour cette lettre musicale arrivant à la fin de la semaine sainte, j'ai choisi, tout d'abord, la prose du missel romain qui se chante ou se récite le vendredi saint, texte du Stabat Mater. Il commémore la douleur de la Vierge assistant à la crucifixion de son fils Jésus.

Le Stabat Mater inspira de très nombreux compositeurs, tout siècle confondu et dans toutes les langues (même en breton !).
Parmi eux, quelques noms illustres ayant laissé leur vision de cette belle traduction de la  mère endeuillée : Lasso,  Pergolesi, Vivaldi, Rossini, plus tard Verdi, Dvorak ou plus récemment encore Penderecki ou Pärt.
 
Pour le partage de cette lettre, j’ai retenu deux stabat mater qui me sont chers.
 
Tout d’abord, un double chœur à 8 voix de Luigi da Palestrina. 
Il est clair, vu sa nomenclature, que ce Stabat mater fut écrit pour un office solennel, en l'occurrence le vendredi saint 1590. Fort apprécié à sa création, il est depuis au répertoire des chœurs de La Chapelle Sixtine.  
Le Stabat mater de Palestrina est un petit chef d'œuvre …d'une dizaine de minutes qui joue sur la spatialisation, idéale pour valoriser le texte et son articulation, en répons ou en tutti, en imitation ou en homorythmie.
De nos jours, il est chanté dans des formations diverses : maîtrises, petit ensemble, chœur …
Il est enregistré en de très nombreuses versions plus ou moins lentes ou rapides et  dans des tonalités diverses…
La version The sixteen et Harry Christophers 
Fluidité, tempo, homogénéité !
Une toute autre version, intéressante pour l’ornementation apportée à ces pages, plutôt rare malheureusement dans les enregistrements de la musique de Palestrina .
Également un ensemble connu :
The Taverner consort
Le stabat mater au XXe siècle !
Là aussi, un choix énorme s'offre à nous.
Mais, sans hésitation, l'œuvre de Francis Poulenc (1899-1963) est le Stabat à écouter !
Les couleurs,  les rythmiques si spécifiques à ce compositeur, sa traduction de la piété …. correspondent sans doute à ma vision personnelle de la spiritualité.
Écrite pour soprano solo, chœur et orchestre, en quelques mois, en 1951, en hommage à son ami Christian Bérard (peintre et illustrateur), cette pièce de quarante-cinq minutes dont Poulenc était très fier, était considérée comme sa meilleure œuvre par son ami Pierre Bernac.
Une version qui n'est peut être pas la plus réussie mais, étant un grand admirateur de la soprano Régine Crespin (1927-2007), je n'ai pas résisté à vous transmettre le lien de ce stabat enregistré avec les chœurs René Duclos et l'orchestre de la société des orchestre du conservatoire sous la direction d’un Georges Prêtre, encore jeune.
Et puis nous sommes dimanche de Pâques.
Que de pièces, hymnes, responsories incontournables !
La très belle cantate BWV 31 du jour de Pâques
« der Himmel lacht ! die Erde jubiliert » (le ciel rayonne! La terre jubile. ).
Pour l'occasion, en 1715 à Weimar, Jean Sébastien Bach compose pour un orchestre bien plus étoffé que pour les cantates du temps ordinaires : 3 trompettes, timbales, 3 hautbois, cordes et basse continue.
L'ouverture sonata par l'un des spécialistes du compositeur : le chef Masaaki Suzuki.
On entend beaucoup de versions beaucoup plus rapides mais les proportions dans les enchaînements de numéros et tempi pour l'équilibre vocal et la compréhension du texte et des vocalises me semblent ici plus judicieuses !
Le numéro suivant, le chœur « Der Himmel Lacht »…vocalisant, virtuose et difficile à négocier pour rendre cette séquence intelligible et limpide .
En graduel pendant cette messe, le «Haec dies quam fecit Dominus» (Voici le jour que le Seigneur a fait, Tressaillons d'allégresse et réjouissons nous !)
Par tradition, à Saint-Eustache, nous chantons celui de Luigi da Palestrina à 4 voix  (…).
Du même compositeur, j’ai choisi celui  à 6 voix.
Une version d’un tempo assez enlevé exprimant parfaitement l’allégresse de ce jour !
La séquence de Pâques !!!
À Saint-Eustache, comme à Notre Dame de Paris, le «Victimae Paschalis laudes immolent Christiani»
(à la victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louanges) est chanté en rythmique ternaire et harmonisée, dit le style Notre-Dame.
C'est grandiose et monumental 
Une mise en musique incroyable et bien différente de Tomas Luis da Victoria.
Le plain-chant et la mise en polyphonie à double chœur !
L'ensemble plus ultra …
Une autre pièce que l'on pourrait entendre pendant ce bel office :
Le responsorium «surrexit Pastor bonus» (il est ressuscité le bon pasteur)
Et c'est l'occasion de, peut-être, vous faire découvrir un artiste  précurseur de Palestrina,
un compositeur français du milieu du 16e siècle, Jean L’Héritier ( 1480-1551), élève de Josquin des Prez, qui écrivit essentiellement des motets et contribua à la diffusion de la musique franco-flamande à travers l'Italie.
Par l'ensemble Stile antico (dont le répertoire est centré principalement sur la musique ancienne et première renaissance)
Le plaisir de lire la partition accentue encore le plaisir d'entendre.
C'est superbe !
Enfin pour finir cette semaine si intense et centrale à la vie des croyants, une pièce sur le symbole de cette fête de Pâques : la lumière, avec un motet d'une compositrice prolixe anglaise née en 1951… Cecilia McDowall
Son riche répertoire est enthousiasmant et reconnu dans les sphères tant musicales que liturgiques, ce qui vaut la peine d’être souligné dans ces milieux quelque peu exclusivement masculins …ou presque !
Easter Light par le Oxford Choir
Joyeuses Pâques à tous.

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 10 AVRIL 2022

Dimanche des Rameaux

Le temps de Carême touche à sa fin et nous allons entrer dans la Semaine sainte.

La  fête des Rameaux est comme Pâques qu’elle précède toujours d’une semaine (précisément celle de la Semaine sainte), une fête mobile, dont la date change chaque annéeLes Rameaux célèbrent l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem dans les jours précédant la passion.

Depuis l'adoption en 1970 du lectionnaire commun révisé, qui fixe les lectures liturgiques sur trois ans (années A,B,C), cette fête combine dimanche des Rameaux et dimanche de la passion. La messe commence avec la liturgie des palmiers qui a lieu à l'extérieur ou à l'entrée de l'église. C’est le rite de la porte : le prêtre frappe trois fois les portes de l’église avant que  celles-ci ne s'ouvrent pour laisser l'assemblée s'avancer en procession dans la nef. La cérémonie se poursuit par la  liturgie de la passion avec la lecture intégrale ou partielle de la passion. C'est en quelque sorte un condensé de la Semaine sainte qui commence dans le triomphe et la joie et se termine dans la contrition et la mort du Christ…

Pour la lettre de ce dimanche, j'ai choisi de vous faire écouter deux chœurs d'entrée de cette messe à une époque où elle n'était que joie.


Lorsque la liturgie à l'extérieur de l'église touche à sa fin et que les palmes (les rameaux en France) sont distribuées, commence alors la procession d'entrée dans l'église .

Suivant le missel romain voici le texte pouvant être chanté :

« Ingrediente Domino in sanctam civitatem / Hebraeorum pueri resurrectionem vitae pronuntiantes, cum ramis palmarum : Hosanna, clamabant, in excelsis. »

(Comme le Seigneur entrait dans la Cité Sainte, les enfants des Hébreux annonçant par avance la résurrection de la Vie,avec des rameaux de palmiers, l'acclamaient : Hosanna au plus haut des cieux !)

Commençons par une pièce contemporaine de George Malcolm (1917-1997),  pianiste, compositeur et chef d'orchestre anglais, écrite dans la plus pure tradition anglo-saxonne. Ce compositeur devient après la seconde guerre mondiale, organiste et maître de chapelle du Westminster cathédral choir. Il y développe un répertoire à la mesure de ce chœur d’exception, ainsi qu'une technique de chant à pleine voix qui est en totale rupture avec celles des chœurs anglicans de l'époque. Avec les années, la couleur et la  spécificité de sa musique deviendra la référence des chœurs sacrés anglais. Il écrit ici une pièce de procession brillante et entraînante.

Couleurs, harmonie et mélodie typiquement «musique sacrée anglicane» !

Par le « saint Cécilia Choir of st John cantius » et Daniel V. Robinson

https://youtu.be/iKEFTK-c3aY

Une courte vidéo montrant la procession avec les palmes et les chantres de ce chant dans the Church of St James.

https://youtu.be/emCD0kSySm4

Pour continuer une pièce antérieure de plusieurs siècles, de Bartholomaüs Gesius, théologien et musicien d'église, compositeur et auteur d'hymnes allemands ayant vécu entre 1562 (cette date reste incertaine) et 1613. Il exerça successivement dans sa ville natale et au château de Muskau, à l’extrême est de l’Allemagne et à Francfort comme cantor. Il est connu pour ses passions chorales en allemand et en latin ainsi que la création de l'hymne de Pâques « Heut triumphieret Gottes Sohn » qui sera de nombreuses fois utilisé dans des cantates par Dietrich Buxtehude ou Jean Sébastien Bach.

Ce chant d'allégresse en allemand est d'une simplicité et d'une efficacité évidente !

Le chœur à 5 voix est en homophonie pour que le texte soit clairement énoncé et compris par l'assemblée. On trouve en répons un quintette de cuivre remplaçant un possible deuxième chœur. Dans cette version, le dynamisme du chœur, des voix d'enfants et les réponses brillantes des cuivres donnent toute l'énergie d'une messe à la gloire de Jésus triomphant, entrant dans Jérusalem.

« Hosianna, dem Sohne Davids » de Barholomaüs Gesius

Par les « Neues Knabenchor Hamburg et Ulrich Kaiser.

https://youtu.be/2XAEeUwNPAQ

 

Enfin, trois extraits de l'incontournable cantate virtuose et lumineuse BWV182 de Jean Sébastien Bach écrite pour les Rameaux en 1714 à Weimar

« Himmelsköning, sei wilkommen »

(Roi du ciel, sois le bien venu)

Que de mélismes de vocalises et d'entrées en imitation dans ces trois pièces pour chœur, orchestre et solistes ! L’orchestre concertant est constitué d'une flûte à bec solo de deux parties de violons, deux parties d'altos et d’une basse continue accompagné par le chœur et 3 solistes chanteurs . Le maitre mot de cette pièce est sans aucun doute la Jubilation comme le démontre particulièrement le chœur final : une véritable danse enjouée. 

La version la plus ciselée (texte précis et sans rudesse), à la fois  dynamique et légère.

par l’ «Amsterdam baroque choir» et Ton Koopman

1 – le chœur d'entrée : 

https://youtu.be/RI01u1Oe-Z8

2 – Le choral «Jésus, deine Passion ist mir lauter Freude»

Les instruments sont colla parte. Ils doublent les voix intégralement. Le cantus firmus est à la partie de soprano. Les autres voix chantent sur imitation la tête du cantus firmus ou interprétèrent les mots forts du texte, comme le mot Freude (la joie), en de rapides vocalises.

https://youtu.be/bDzhIk3MVhU

3-  le chœur final: « So lasset uns gehen in Salem der Freude »

Virevoltons ! A trois temps, avec une flute à bec donnant toute la légèreté et la couleur joyeuse voulue.

https://youtu.be/6FGiM4ZXkr0

 

Profane pour finir :

« Country dances » de Ward Swingle dont j'ai parlé la semaine dernière. Créateur des Swingle singers 

En vidéo avec mouvement de ce chœur de jeunes en folie. « University Arkansas choirs » et Stephen Caldwell 

https://youtu.be/4nD5_FTyrbI

Bonne semaine à tous
LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 3 AVRIL 2022
5e dimanche du Carême 

Pour cette lettre musicale du 5e dimanche de Carême , je me suis prêté au jeu des comparaisons musique ancienne, musique post romantique ou contemporaine. J'ai choisi trois textes du missel grégorien de ce dimanche et pour chacun d'eux deux pièces très éloignées en culture et en siècle !

Commençons par le «Videns Dominus», extrait du psaume 129

que l'on retrouve en communion dans le missel. Sur le thème de la ressurection de Lazare : «Videns Dominus flientes sonores Lazari … » (Voyant les sœurs de Lazare en larmes près du tombeau…).

Tout d'abord, la pièce de Hieronymus Praetorius (1560-1629) compositeur hambourgeois de la fin de la renaissance. Ce somptueux motet, extrait du Källunge codex 1622, combinant voix et instruments est caractéristique du style polychoral germano-vénitien pratiqué vers 1600 dans l'Allemagne du Nord montrant bien que le style vénitien envahissait toute l'Europe. Praetorius, avec une simplicité désarmante, développe son motet avec deux chœurs s'imitant séparément en imitation ou se soutenant mutuellement pour finir par s'unifier sur les mots les plus importants du texte (au nom de Saint Lazare par exemple).Pour la petite histoire, la famille Praetorius compta de nombreux musiciens mais Hieronymus n’a aucun lien de parenté avec Michael Praetorius qui écrivit le célèbre «es ist ein Ros entsprungen» chanté à travers le monde au temps de Noël.

par l'ensemble Villancico et Peter Pontvik.

https://youtu.be/n5ltJJYMrZ8

La deuxième mise en musique est d'un compositeur contemporain que j'affectionne particulièrement : James McMillan (1959-) et qui ne cesse de me surprendre à chaque nouvelle création.

Son Videns Dominus, extrait des Strathclyde motets est d'une toute autre structure que celui de la polychoralité de Praetorius.Le compositeur écossais a écrit une pièce pour chœur à 4 voix dans des constructions d’alternance particulières. Au commencement la mélodie ornementée  est exposée en canon entre les ténors et les sopranos. Vient ensuite une alternance de chœur d'hommes en divisions, de courtes déclamations en solo, d'harmonie en choeur mixte empruntant aux couleurs des pays des Balkans. Cet édifice musical porte évidemment la signature de Mcmillan : une ornementation spécifique et caractéristique et une inspiration de la tradition stylistique folklorique celtique.

par the Sixteen et Harry Christophers

https://youtu.be/0-ZkJl-h9Es

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Passons a l'introït de ce dimanche extrait du psaume 42 

« Judica me Deus / Et discerne causam meam de gente non sancta… » (Soyez mon juge, mon Dieu / Et séparer ma cause d'un peuple sans sainteté …)

Ce texte datant du Xe siècle est assimilé à une « prière de l'homme accablé ». Il se chantait à l'ouverture de la messe dès le XVI siècle et fut remplacé par la préparation pénitentielle (Kyrie eleison, Christe eleison, kyrie eleison) sous Paul VI. Malgré son association au Carême et à la contrition, ce chant grégorien commençant dans une humble prière, se poursuit par  un cri d'imploration ou plutôt le cri de l'âme qui demande et se plaint avec des phrases ascendantes en grands intervalles pour se conclure dans une descente progressive vers la tonique marque de confiance et tendresse dans la sérénité.

En résumé cet introït ressort lumineux, calme, équilibré dans toute la diversité des émotions qu'exprime son texte

« Judica me Deus » introït gregorien IV as tempus quadragesimae par la « schola of the Hofburgkapelle Vienne et Hubert Dopf

https://youtu.be/Cxx5xsqcCt

Même texte mais tout autre ! Compositeur contemporain lituanien, Vytautas Miskinis (1954-) dirige et écrit pour de nombreux chœurs et principalement pour les chœurs d'enfants. Ici il démontre son expérience des voix féminines dans un motet à 6 voix de femmes ! Cette pièce exige un placement vocal particulier dont le vibrato est banni, soulignant les nombreuses dissonances et mettant relativement au second plan les alternances choeur, duo, solo, homophonie et jeu d'imitation assez traditionnel. Une référence au chant folklorique des Balkans semble évident ! C'est une belle pièce surprenante et magistralement interprétée.

« Judica me Deus » de Vytautas Miskinis par le « Mägi ensemble » et Heather MacLaughlin Garbes

https://youtu.be/d6g2ielea8Q

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Le psaume 30 est sans doute l'un des plus célèbres psaumes utilisés pendant le carême 

«In manus tuas Domine / Commendo spiritum meum » ( en vos mains, Seigneur, je remets mon esprit)

Commençons par John Sheppard ou Shepperd (1520-1560 ) compositeur de la Renaissance anglaise comme Thomas Tallis mais bien plus prolifique. Les répons de la Semaine Sainte forment le plus grand groupe d'œuvres de Sheppard et contiennent ses écrits sûrement les plus impressionnants. Le «in manus tuas» est construit comme tous les autres répons avec la technique de l'imitation contre le plain-chant, comme chez Tallis mais avec des textures plus denses et plus fleuries, qui me font apprécier particulièrement ses motets.

« In manus tuas » de John Sheppard par l'ensemble « Gabrieli » et Paul McCreesh

https://youtu.be/gVOTyirE5aU

Cette fois d’un compositeur contemporain : In manus tuas de Daniel Roth ( 1942-). Compositeur, organiste concertiste international, chevalier de la légion d'honneur et aussi titulaire de l'orgue de saint Sulpice, Daniel Roth a écrit pour cette paroisse quelques chœurs qui donnent la « tonalité » ou l'identité musicale de cette belle paroisse. Une musique française contemporaine très accessible. Enfin !

par canta nova saar et John Sheppard ensemble .

https://youtu.be/7ON4Hr3qQVM

 

Musique profane :

Certains chants profanes traditionnels deviennent quasiment universels, repris, remaniés, traduits…ou  carrément détournés textuellement.

En voici trois passés à la postérité..

« L'amour de moi » chant traditionnel français dans l’arrangement de Ward Swingle(1927-2015). Américan, marié à une française, Ward Swingle a longtemps vécu en France où il avait reçu la distinction d’officier des arts et des lettres. Ce chanteur et arrangeur a été membre fondateur du célèbre groupe « double Six » dans les années 60, ainsi que du non moins célèbre  « the Swingle singers » groupe vocal jazz qui démocratisa le scat  (forme musicale consistant à imiter les instruments de musique en chantant  des onomatopées ). Sa production d'arrangements est phénoménale.Les arrangements de chants traditionnels y ont une place incontournable.

par les Vasari Singers et Jeremy Backhouse

https://youtu.be/3yBvvJmdRVs

 

«Les feuilles mortes» de Joseph Kosma

Un titre devenu un standard de jazz sous le titre anglais «autumn leaves» … chanté ou joué entre autre par Nat King Cole , Éric Clapton, Franck Sinatra. Cette chanson française, devenue très célèbre, a été écrite en 1945 par Joseph Kosma sur un texte de Jacques Prévert pour le film « la vie à belles dents » de Marcel Carné et interprété par Yves Montand. Belle revanche que cette célébrité mondiale après des débuts difficiles dans un film qui ne marcha pas et que Montand et Greco n'arrivaient pas à faire accepter au public… Un arrangement grandiloquent d’Andrew Cartermais que j’écoute toujours avec sourire !

par les Vasari Singers et Jeremy Backhouse

https://youtu.be/yRfuIC7Wyqk

Shchedrik shchedrik est un chant écrit par le compositeur ukrainien Mikola Léontovitch.

Interprété pour la première fois le 13 janvier 1916 (jour du nouvel an orthodoxe), ce chant construit sur un chant traditionnel ukrainien évoque l'abondance d'un nouvel an heureux, prémices d'un beau printemps… C'est sans doute l'adaptation en anglais avec des paroles sur le thème de Noël et son utilisation dans des films comme «maman j'ai raté l'avion» ou «sur les traces du Père Noël» qui ont rendu célèbre ce  titre, sous un nouveau nom : «Carol of the bells» (la rythmique obstinée de ce chant évoque les ding dong des cloches)

arrangement de Mykola Leontovych(1877-1921)  par le « Ukrainian chamber choir Cantus » et Emil Sokach.

https://youtu.be/ejU1lK-3C4U

4e dimanche du Carême 

C'est le dimanche de Laetare « réjouissez vous ! »

Comme pour le dimanche de « Gaudete » au milieu  du temps de l'Avent, l'Église fait une pause de pénitence qui annonce les joies pascales.

Pour ce jour de réjouissance, la couleur liturgique violette du Carême des vêtements sacerdotaux, cède la place à la couleur rose. Cette  dernière emprunte sa signification au rouge symbolisant l'amour divin, quand le blanc, lui,  symbolise  l'esprit divin, la combinaison donnerait l'amour de l'homme. On peut aussi interpréter cette couleur comme la couleur de l'aurore, de la rosée du matin , une couleur douce, joyeuse, pleine d'espoir et de réconfort, annonçant le miracle pascal.

Passionnant l'histoire de l'Église et de ses traditions !

 

L'introït de ce 4e dimanche de Carême est donc

le « Laetare Jérusalem Et conventum facite omnes…»

(Réjouis-toi, Jérusalem ! et faites assemblée, vous tous qui l'aimez / réjouissez vous avec allégresse, vous qui avez été dans la tristesse:/vous pouvez bondir de joie et vous rassasier du lait de consolation qui est pour vous.)

C'est bien la manifestation de la joie de la résurrection que l'on retrouve  dans  cet introït grégorien dans le 5e mode, avec des phrases ascendantes symbolisant les hauteurs de Jérusalem. La mélodie est pleine d’exultation.

Par la Capella antiqua de Munich

https://youtu.be/VS8cRgRtsKk

 

Écoutons maintenant ce même texte mis en musique  par le compositeur et organiste vénitien Andrea Gabrieli (1533-1585).

Il fut l'un des compositeurs les  plus influents de la Renaissance et de l'École vénitienne à une époque où les compositeurs des Pays-Bas dominaient le monde musical. Il eut comme élève : son neveu Giovanni Gabrieli, Hans Leo Hassler et Gregor Aichinger. Ce beau motet à 5 voix fait partie du premier livre de ses « sacrae cantiones » et a sûrement été composé pour l'immense vaisseau qu'est la basilique Saint Marc, puisqu’il  y fut nommé organiste (de la basilique) en 1566. Comme dans la plupart de ses motets, la relation texte musique est étroite.

«Laetare Jérusalem» de Andrea Gabrieli par « l'ensemble Officium » et Wilfried Rombach

https://youtu.be/Yux8Ayj0Q3s

Le graduel de ce dimanche est une partie du psaume 122 «Laetatus sum» (Je me suis réjoui de ces paroles qui m'ont été dites / Nous irons dans la maison du Seigneur.)

Que de mises en musique à écouter !

J'ai  choisi un autre maître vénitien, au combien célèbre, Claudio Monteverdi (1567-1643) ! Musicien de la fin de la Renaissance et du Baroque naissant, il est véritablement le compositeur symbole de cette transition. Son motet à 6 voix violons, cuivres et basse continue sur le « laetatus sum» fait partie du livre d'une qualité exceptionnelle «messa a quattro voci et salmi concertati» (1650). De multiples duo vocaux et ritournelles instrumentales sur une basse continue rebondissante ! Là aussi joie et exultation sont bien présentes.

Par « the Sixteen » et Harry Christophers

https://youtu.be/_qrh-dCR0cE

 

Pour finir sur une note tout aussi dynamique et parce que ce dimanche 27 mars les Chanteurs de Saint-Eustache le chanteront en concert à l'église des Blancs Manteaux : un extrait du grand motet de Jean Philippe Rameau «in convertendo»

Le chœur final virtuose «Euntes ibant et flebant» (Ils marchaient et s'en allaient en pleurant), signe la transition du baroque  vers le classicisme à la française. Même si les premières phases tant textuelles que musicales sont des plaintes traduites par de nombreux chromatismes délicats et introspectifs, la suite de ce chœur final évolue vers un style et une écriture plus opératique et jubilatoire traduisant parfaitement le texte suivant « venientes autem cum exultatione » ( ils reviendront plein d'allégresse ). L'une des plus belles créations sacrées de Jean Philippe Rameau,

par les Arts florissants et William Christie

https://youtu.be/mafEQ9aNwH4

 

Un peu de musique profane, en référence à l’opéra de Jean Philippe Rameau, dans la continuité de mes humbles recherches sur la musique ukrainienne et par extension sur l’histoire de la culture ukrainienne.

L’opéra en langue ukrainienne «Iaroslav  Mudriy » du compositeur ukrainien Heorhiy Maiboroda (1913-1992) s’inspire de la vie de Iaroslav Vladimirovitch dit Iaroslav 1er ou Iaroslav le sage, grand prince de la Rus' de Kyiv (l’ancien nom de Kiev). Cet état slave oriental englobant de nombreuses principautés, fut fondé au IXe siècle et disparu au XIIIe siècle lors des invasions mongoles.

Sous le prestigieux règne de Iaroslav le sage de 1019 à sa mort en 1054, l'état kiévien atteint son apogée. Le droit, l'éducation, l'architecture (il fit construire la célèbre cathédrale Sainte Sophie de Kiyv), l'art connaissent un renouveau impressionnant, et font de lui un souverain toujours vénéré de nos jours.

Composé en 1973 , cet opéra en 8 scènes évoque les difficultés du souverain à gouverner son pays. A la lecture du livret, les personnages sont foisonnants et l’intrigue quelque peu confuse. L’œuvre comme  tous les opéras de Maiboroda écrits sur des textes ukrainiens  fut créée puis donnée à l'opéra de Kiyv.

C’est intéressant d'entendre une musique dont les inspirations évidentes sont le Boris Godounov de Moussorgski et Alexander Nevsky de Prokofiev.

Ici les dernières minutes de l'œuvre , scène 7 et 8, grandiloquentes et patriotiques à souhait !

https://youtu.be/X03qD-wO4eI

https://youtu.be/g7Tb1vwIULc

https://youtu.be/vdVQQCUpBxo

Impossible de ne pas mettre les liens qui suivent. Vous reconnaîtrez dans le couronnement et la mort de Boris Godunov, les thèmes musicaux  dont Maiboroda s'est servi pour  sa dernière scène . Cet opéra russe de Moussorgski réorchestré par Rimsky Korsakov est un monument de l'art opératique…les thèmes, l'orchestration et le livret  donnent à la fois puissance et fragilité au rôle-titre si tourmenté qui fait la renommée internationale de cette œuvre.

Je ne cache pas mon attachement à ces pages, premier opéra étudié et joué lors de mes études de pianiste chef de chant.

Le couronnement

https://youtu.be/ffwIs1qMkV4

La mort de Boris .

https://youtu.be/T-d5wSMKR-Q

LA LETTRE DU DIMANCHE 20 MARS

Lettre musicale du 3ème dimanche de carême,

Je vous propose de commencer notre écoute par deux extraits de la cantate 

« Nimm Von uns, Herr du Treuer Gott » (Écarte de nous, Seigneur fidèle le sévère châtiment et la misère que nous avons tous mérités par nos innombrables péchés …) 

Comme souvent dans les cantates de Jean- Sébastien Bach le chœur d'ouverture est une fantaisie chorale avec le cantus firmus aux sopranos. On y entend les trombones renforcer chaque pupitre et donner une couleur bien particulière, assez sombre à l'ensemble de la pièce. Par dessus, l'orchestre concertant se déploie aux cordes et hautbois. Ce qui m'étonne à chaque audition de ce chœur, c'est la richesse harmonique et les dissonances dont Bach use pour intensifier le thème de la cantate : la prise de Jérusalem.Tout l'art de l'interprétation  consiste à  phraser et  trouver le juste tempo pour que toutes ces inquiétantes dissonances et leurs résolutions s'emmêlent le moins possible et commentent le texte plutôt que de le parasiter….

Je trouve parmi les nombreux enregistrements de cette cantate BWV 101 que, Philippe Herreweghe et le collegium vocal ont trouvé le bon équilibre !

https://youtu.be/e9sWNba6w9c

Le choral final  «Leit uns mit deiner rechten Hand»  (Conduis-nous de ta main droite et bénis notre ville et notre pays)

Parce qu'«écouter un choral de Bach tous les jours est très formateur» me répétait mon professeur d'harmonie au conservatoire… 

https://youtube.com/shorts/X8pEhJ-ItK0?feature=share

 

Sur ce même texte, une autre cantate parmi les œuvres polyphoniques les plus élaborées de Dietrich Buxtehude (1637-1707).On connait le maître danois comme organiste, ayant exercé son art à Lubeck mais l'écoute de cette œuvre d'une assez grande envergure pour chœur à 4 voix , 5 instruments à cordes et basse continue, montre que le répertoire choral de ce compositeur n’est pas reconnu à sa juste valeur.

L'ouverture est une sonate instrumentale, suivie de trois mouvements distincts. L'expressivité dans chacune des parties  est très largement de mise grâce à de belles inflexions harmoniques. Le thème principal que l'on retrouve mainte fois dans l'œuvre est basé sur le même thème que le choral final de la cantate BWV 101 de J.S. Bach.

BuxWV 78 par le Collegium vocal, l'Orchestra anima aeterna et Jos van Immerseel

https://youtu.be/JU6-UaxADbg

 

« Média vita in morte sumus »( Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort /De qui pouvons nous chercher le secours … ?) est une antienne chantée pour le 3ème dimanche de carême. Au Moyen-Âge, cette antienne particulièrement dramatique était également chantée en dehors de l'office, sur les chants de batailles par exemple.

J'ai choisi de vous faire entendre une pièce de 1961, composé par Zoltan Kodaly (1882-1967), compositeur hongrois du 20e siècle, reconnu pour son répertoire choral et pour une méthode pédagogique qui porte son nom, toujours en vogue dans son pays. La pièce est écrite en mémoire de son ancien élève, le compositeur Matyas Seiber naturalisé anglais et enseignant la composition. Comme son illustre maitre et Bella Bartok, il faisait parti des pionniers de l'ethnomusicologie en enregistrant, étudiant les musiques traditionnelles et s'en inspirant pour ses œuvres.

Une belle pièce d'une musique que l'on entend trop peu en Europe occidentale.

par le « Debrecen Kodaly Choir » et Istvan Parkai

https://youtu.be/0E9WZ81zGCc

 

Depuis une quinzaine de jours maintenant, comme beaucoup, je suis inquiet  pour le sort des ukrainiens.

La musique ukrainienne est peu connue et n'était pas abordée lors de mes études. Je suis parti à la découverte de ce répertoire immense. Après avoir écouté de multiples enregistrements de la liturgie orthodoxe ukrainienne, voici une première trouvaille de l'ignorant que je suis.

J'ai choisi de vous faire écouter une œuvre de Kyrilo Stetsenko (1882-1922) une prière pour laquelle j'ai ressenti un coup de cœur et qui me semble symboliser la lutte patriotique de l'Ukraine.

Compositeur et chef de chœur né en Ukraine,  Kyrilo Stetsenko devra toute sa vie lutter contre l'oppression russe, tsariste d'abord puis bolchevique. En1905, quand éclate la première révolte russe, elle attise les flammes de l'indépendance en Ukraine et révèle le patriotisme de ce jeune musicien. La publication d’un hymne national et de chansons patriotiques lui vaut d'être exilé de sa ville natale, Kyiv. Il lui faudra, pour s'assurer une sécurité financière, accepter de rentrer dans les ordres et devenir archiprêtre. La révolution de 1917 lui permet de retourner à Kyiv où il est nommé chef de la section musique du ministère de l'éducation de la jeune république ukrainienne. Malheureusement, l'arrivée au pouvoir des bolchéviques en 1920 le prive de son travail de chef de chœur. Il quitte alors la ville pour exercer  sa charge de prêtre dans un pays en proie aux répressions politiques, à la famine et la maladie. Stetsenko meurt du typhus en soignant des malades lors de l'épidémie de 1922.

The Lord's prayer par «the Kyiv chamber choir» et Mykola Hobdytch

https://youtu.be/p-salj_M06w

 

Place à un peu de musique profane.

Nous chanterons dimanche 27 mars en l'église des Blancs Manteaux un très beau programme, essentiellement sacré, avec une pièce méconnue de Jean Sébastien Bach, «Der Gerecht kommt um», une adaptation en langue allemande et embellissement orchestral d'un motet latin de Johann Kuhnau. L'œuvre principale du concert sera le monumental et poignant « funeral anthem for Queen Caroline » de Händel trop rarement  programmé en France.

Je tenais à ce qu'un compositeur français contemporain à ces deux monstres sacrés de la fin du Baroque soit présent et cela ne pouvait être que Jean-Philippe Rameau, au génie encore trop méconnu (et qui fut enterré à  St Eustache). Un extrait d'un de ses 4 grands motets « in convertendo » et quelques minutes d'un chœur soustrait à l'opéra Castor et Pollux qui résonnera de façon bien particulière parmi ces œuvres tournant autour de la vie, la mort, la condition humaine, la rédemption ….

C'est cela que je vous propose d'entendre dans une version des Arts florissants et William Christie…

https://youtu.be/INRoEpptQmo

 

Tout autre chose car elle ne sera pas à notre beau programme mais encore de Jean Philippe Rameau. Une pièce instrumentale extraite de son ultime Opéra « les Boreades » il décède avant la première qui n'aura finalement pas lieu…

Je tenais à finir cette lettre par un peu de sérénité ….

L'entrée de Polymnie par l'ensemble « Pygmalion » et Raphaël Pichon

https://youtu.be/fLf5aAu0CBk

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 13 MARS

En ce 2e dimanche de carême, je vous emmène, tout d'abord, à Milan.

Avril 1565, la commission des cardinaux réunit des chanteurs à Milan pour entendre «quelques messes » afin de vérifier si le texte est intelligible selon les principes de la Contre-Réforme édictés par le Concile de Trente.

Le Cardinal Charles Borromée, promu archevêque du diocèse de Milan, est bien décidé à mettre en pratique les nouvelles règles… jusqu’à bannir de la ville la musique madrigaliste profane.

Dans la musique sacrée, on utilisera, pour faire passer le message conciliaire, la technique du faux bourdon (basé sur la récitation dans la partie de ténor d'un cantus firmus) complétée par une polyphonie vocale. Simplicité de l'harmonie, lenteur du mouvement, homophonie servent l'idéal de simplification imposée. Le cardinal veut aussi imposer l'abandon des instruments jusqu'à faire taire l'orgue. Il voudrait qu'aucun timbre profane ne résonne dans la musique sacrée, en supprimant une pratique courante dans les messes de l'époque.

C'est évidemment une véritable révolution dans le monde musical et les productions de beaucoup de compositeurs de l'époque s'en trouvent changer du tout au tout. En fait, la sévérité des exigences artistiques et la rigueur qui en découle sera loin d'être respectée et va même engendrer un nouveau rapport à la musique. Pour déjouer la stricte homophonie voulue, la pratique de l'ornementation se fait jour, libérant  la musique de ce joug !

Dans cet enregistrement du Poème Harmonique, les chanteurs restituent dans une œuvre anonyme sur le psaume 118, le raffinement et l'inventivité de l'ornementation du baroque naissant.    Cette œuvre, en faux bourdon libre, est l'aboutissement de cette évolution ornementale. Œuvre étonnante pour des oreilles non averties, mais sublime

L'intégralité de l'œuvre en trois parties : «Confitemini domino», psaume en faux bourdon

I- Confitemini Domino (louez le Seigneur car il est bon)

https://youtu.be/1eBfr7Z_y4s

II-De tribulatione invocavi Dominum (dans ma détresse, j'ai invoqué le Seigneur..)

https://youtu.be/n2-cTT42ASc

III-Dextera Domini fecit virtutem (la droite du Seigneur a exercé sa puissance )

https://youtu.be/avo1Gw8BJaM

donc par l'ensemble «le Poème harmonique» et Vincent Dumestre.

Pour continuer, une mise en musique d'Alessandro Scarlatti du texte de la communion de ce second dimanche de Carême : «Intellige clamorem meum» (Comprenez mon cri. Soyez attentif à la voix de ma prière)

L'œuvre fut sans doute écrite dans l'année 1708, lors d'un séjour à Rome, où la musique d'église était particulièrement à l'honneur et la tradition de Palestrina, le grand maître de la polyphonie du XVIe siècle, encore largement utilisée. On retrouve dans ce motet le «style à la Palestrina» mais avec une touche plus florissante et moins stricte.

A la tête de «la Stagione Armonica» depuis 1996, le chef italien Sergio Balestracci, mène parallèlement des recherches qui lui permettent de retrouver et retranscrire les répons et motets d’Alessandro Scarlatti présents sur l'enregistrement dont fait partie ce motet.

https://youtu.be/pYTiXwSrIzA

Découvrons maintenant une belle et courte cantate du premier baroque :

«Liebster Jesu, hör mein Flehen» (Cher Jesus, écoute ma prière)

de Johann Michael Bach, cantor à Arnstadt dans les années 1660.

Bach est un nom assez répandu en Allemagne et cette famille Bach n'appartient pas à celle du célèbre Jean Sebastien Bach. Mais Johann Michael Bach (1648-1694)  est le beau père de Johann Sebastian Bach (sa fille Maria Barbara fut la première épouse du célèbre Cantor).

par l'ensemble «Musica Antiqua Köln» et Reinhard Goebel

https://youtu.be/Bp8BfskQR14

Christopher Tye (1505-1573) est un compositeur anglais de la Renaissance. Formé avant la Réforme, ce pasteur compose dans le style de la Réforme anglaise. Il est à l'origine de l'anthem, forme musicale anglaise (pour simplifier un motet en langue vernaculaire) et par extension de la musique liturgique anglicane.

Il reste peu connu, sans doute parce que trop peu d'œuvres de lui nous sont parvenues. Ce motet que l'on peut chanter pendant la période de carême montre tout son art du contrepoint et de la polyphonie.

«In pace in idipsum» par le «Choir of Magdalen college, Oxford» et Bill Ives.

https://youtu.be/NREnuSBY7Nw

Cette semaine, je n'ai pas eu le cœur de choisir des pièces profanes,

en pensant à tous nos amis ukrainiens…

J'ai réécouté une œuvre emblématique du compositeur polonais Henryk Górecki (1933-2010) : « Miserere ».

Composée en 1981, pendant la violente répression policière du mouvement Solidarność, elle fut  censurée par le gouvernement jusqu'en 1987 ! Nécessitant un effectif important de 120 chanteurs, c'est l'œuvre chorale la plus aboutie du compositeur

L'écoute pour nos oreilles occidentales en est peut être complexe mais cette pièce m'a toujours impressionnée par sa portée dramatique et émotionnelle avec un matériau très minimaliste. Les incessantes répétitions du texte « Domine Deus noster», «Miserere nobis » et des phrases mélodiques, le rajout des voix au fur et mesure de l'œuvre, l'emploi important du registre grave, les nuances extrêmes …. tout semble exacerbé, dans cette sombre litanie suppliante que le chœur conduit progressivement d'un murmure à un cri de souffrance résonnant comme un appel …

Formé de 8 sections, c'est un long et lent développement de trente-cinq minutes, menant le chœur du pianissimo au fortissimo  pour revenir à la couleur, nuance et tessiture du début de l'œuvre .

Il faut se laisser imprégner par cette musique, peut-être se forcer devant la répétition de ces phrases lancinantes qui n'aboutissent pas, ne se résolvent pas…et reprennent encore et encore …Pour cela, une bonne qualité d'écoute (les nuances sont très basses), un endroit calme… on se pose, on ne fait rien ….on reste ouvert…

Une expérience pour une œuvre monumentale…

«Miserere» de Henryk Górecki

par les superbes chœurs de l'opéra de Chicago et symphonique de Chicago, direction John Nelson.

https://youtu.be/gWGjR9KlfeQ

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 6 MARS
 
Nous sommes entrés mercredi dernier, jour des Cendres, dans le Carême.
Il y a deux semainesdans la lettre du 20 janvier, j'avais partagé différentes interprétations du plus connu des  «Miserere mei Deus», celui du compositeur italien du 17e siècle, Gregorio Allegri (1582-1652).
 
De nombreux autres musiciens ont mis ce texte en musique. Toujours sur le psaume 50 que ce soit sous le titre  Miserere ou Miserere mei Deus, un psaume de contrition qui commence ainsi :
 
Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour
selon ta grande miséricorde, efface mon péché
Lave-moi tout entier de ma faute
purifie-moi de mon offense.
 
Oui, je connais mon péché
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. 
 
…/…
 
J'ai retenu ceux qui me plaisent le plus.
C'est un choix guidé par mes préférences stylistiques, purement subjectif et éclectique dans les périodes musicales !
Mais un siècle n'y est pas convié ! 
 
Miserere de Carlo Gesualdo (1581-1611).
Compositeur italien, né à Naples et d’ascendance noble, il garde après des siècles, une image trouble et noir de «tueur d'amant». 
Sa musique exprime la souffrance et le doute. 
Ici la structure qu'il a prévu et qui semble fort courante à l'époque (échanges ou répons entre grégorien et polyphonie) laisse peu transparaître son écriture complexe où dissonances et grands intervalles  sonnent bien modernes pour cette époque. 
Néanmoins, bien qu’avec la même structure que le miserere d'Allegri (son contemporain), l'écoute procure une impression tout autre… 
par l'ensemble «Tenebrae» dirigé par Nigel Short.

«Miserere», grand motet de Jean Baptiste Lully (1632-1687)  Versailles, Louis XlV ….

La musique comme outil politique pour magnifier la grandeur du souverain.
Rien qu'à regarder la première page de l'œuvre, impossible de penser que cela sonnera sobrement, ni humblement.
Par contre, dramatiquement, le texte prend une toute autre dimension.
C'est la première pièce que l'on peut intituler «Grand motet à la française»
Orchestre à la française (cordes, hautbois, flûtes, basse continue), petit chœur de solistes à 5 voix et grand chœur.
C'est du grand Lully que l'on entend ici…
Il exacerbe par ses palettes de couleurs les sentiments que l'on peut exprimer sur ce long psaume 50 : la douleur, la plainte, la noblesse, la
victoire. Tout ce qui fait le Baroque français !
Par «les pages et les chantres du centre de musique baroque de Versailles» dirigé par Olivier Schneebeli

«Miserere mei deus» de Alessandro Scarlatti (1660-1725) que le peut surnommer «le voyageur» tant il a fait d’aller-retour entre Naples et Rome durant sa carrière.

Son style musical mêle audaces et couleurs baroques dans un grand respect de tradition renaissance.
C'est le Grand compositeur baroque italien injustement méconnu.
Son miserere, peu connu, est l'exemple type de son univers musical.
Sa structure s’apparente à celle d'Allegri mais ses couleurs audacieuses sont bien du « goût baroque » et dans l'expressivité de l'époque …
Une très  belle page pour 9 voix…
par l'ensemble « la Stagione Armonica » dirigé par Sergio Balestracci
«Miserere in C minor» ZWV 57 de Jan Dismas Zelenka (1679-1745).  
Compositeur ayant exercé toute sa vie à Dresde, connu et respecté par Jean Sébastien Bach entre autres, il excellait dans l'expressivité émotionnelle.
Il suffit d'écouter l’orchestre et le chœur d'entrée de ce Miserere pour entendre, grâce à la rythmique, les répétitions de notes, l'orchestration, tous les méandres et troubles de l'être humain face à la douleur, exprimées dans le psaume 50.
par l'ensemble « il Fondamento » dirigé par Paul Dombrecht 
Enfin,
«Miserere» de James MacMillan (1959-) écrit par le compositeur écossais en 2009 pour l'ensemble « the Sixteen »
On entend, à l'écoute, les références au stylo antico, (Miserere d'Allegri).
James MacMillan utilise l'homorythmie, le contrepoint, le contrepoint avec bourdon ( accord tenue) des principes musicaux anciens certes,
tout en faisant référence aussi à son univers écossais et  ses traditions vocales d'ornementations populaires.
D'où des lignes mélodiques plus complexes avec des appoggiatures très brèves par exemple.
Il se permet des dissonances à répétitions entre les voix, de la polytonalité , des contrastes de dynamique , des tensions dans les tessitures,
De quoi troubler les auditeurs mais quelle belle  pièce expressive montrant, je crois, la spiritualité de MacMillan
par « the Sixteen…. »
Le Chapitre profane d'aujourd'hui :
la variété française arrangée pour chœur et ensembles vocaux.
Une vision plus harmonique, des arrangements recherchés avec contrepoint,
des jeux d'échanges de la mélodie dans les pupitres,
d'utilisation des onomatopées à la façon des chœurs et chanteurs de jazz …( une sorte de « scat » simplifié)
a capella ou avec instruments,
avec voix solistes ou en ensemble …
Que de possibilités pour éclairer ces chansons de façon bien différente !
Ce que j'ai choisi ne se chante pas avec des chœurs débutants.
Les pièces sont devenues virtuoses ou très lyriques.
La réalisation est bluffante et les textes mis grandement en valeur malgré un éloignement évident de leurs géniaux interprètes d'origine !
Les deux ensembles que j'ai choisi ne sont pas des spécialistes de ce style musical mais ils se donnent entièrement à l'exercice et, après écoute, on en sort plein d'émotion avec le sourire ou la larme à l'œil…
«Une valse à mille temps» de Jacques Brel arrangée et chantée par l' « ensemble Aedes » et Mathieu Romano
«Attendez que ma joie revienne » de Barbara arrangé par Victor Jacob 
Par l'ensemble Adaes et Mathieu Romano
« Ménilmontant » 1938 de Charles Trenet, 
arrangement de Mathieu Michard
par le chœur de l'armée française dirigé par Aurore Tillac
Pour finir un medley « Valses de Paris » un pot-pourri extrêmement délectable de grands tubes que j'entendais chanter par ma grand mère. Souvenir, souvenir….
Par le choeur de l'armée et Aurore Tillac:
« Sous le ciel de Paris» 1951  de Jean Drijac et Hubert Giraud pour le film du même nom .
« Sous les ponts de Paris » 1913 de Jean Rodor et Vincent Scotto
« La complainte de la butte » ! 1955 de Jean Renoir et Georges Von Parys pour le film French cancan
Et quelles belles orchestrations !

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 27 FEVRIER

Aujourd'hui ce sera une lettre « spéciale vacances de février »
Issu de ma playlist que j'écoute face à la mer nacrée normande…
Pas trop d'explications et quelques commentaires…
Ne pas intellectualiser fait grand bien.
Beaucoup de musique sacrée, un soupçon de profane … méditatif, contemplatif
Avec des ensembles vocaux dont je suis un grand admirateur.
«Otche Nash» (Our Father) (1920) de Nicolas Kedrov.
Écrite en France dans les années 20, c'est l'une des prières les plus aimées par les russes et… non russes.
Peut-être bien le premier Notre père que j'ai chanté (dans les années 80),
par l'ensemble « Conspirare » et Craig Hella Johnson

Une version très lente mais tellement bien menée, méditative …

7 magnificat Antiphons (1988) dArvo Pärt 
le n°1 «O Weisheit»
par le chœur des «Bayerischen Rundfunks» et «the Hilliard Ensemble» sous la direction de Peter Dijkstra

L'une des versions les plus rapides, mais, à mon avis, l'une des plus vivantes !

Je vous conseille  sincèrement d'écouter les 6 autres antiphons (d’Arvo Pärt) d’une fluidité et  (de) simplicité apparente, avec des emprunts de motifs médiévaux et les célèbres intervalles caractéristiques du compositeur.
«Virgins, Beauties, Dushenki, Girlfriends!» extrait d’Eugen Onegin de Pyotr Ilyich Tchaikovski 
par les «Bayerischen Rundfunks» et  Ivan Repusic

Les chœurs d'opéra … un chapitre que je prépare.

Une superbe page de chœur dans une partition exceptionnelle !
«Calme des nuits» (1883) de Camille Saint-Saens pour la musique mais aussi le texte …
Une page superbe pour chœur à capella
par le «Monteverdi choir» et John Eliot Gardiner
Une version très très lente mais tellement bien soutenue et menée, que j'adhère !
Impossible à réaliser ainsi avec un petit effectif et des chanteurs non expérimentés dans la plongée en eau profonde.
«Into thy Hands»(1996) de Jonathan Dove ,
par l'ensemble «Gabrieli» et Paul McCreesh
Encore une preuve que la musique sacrée de la fin du 20e siècle peut être écoutable et de qualité !!!
«Lay a Garland» (1840) de Robert Pearsall,
Poème de la pièce de théâtre « the Maid's tragedy»
Ce superbe motet pour 8 voix se chante aussi avec un texte destiné à la liturgie: «Tu es Petrus»,
par «the Sixteen» et Harry Christophers.
«Sleep» (2000) de Éric Withacre et du poète Charles Anthony Silvestri.
Le texte s’inspire du moment mystique entre la conscience et le sommeil,
par «the Sixteen» et Harry Christophers
«The Deer's cry» (2007), à nouveau Arvo Pärt, sur un texte du Ve siècle attribué Saint Patrick, le saint patron de l'Irlande. La légende raconte qu’en chantant cet hymne il se serait transformé en cerf et aurait, grâce à ce miracle, leurré des poursuivants qui en voulaient à sa vie !
Un « Arvo Pärt » différent,
par « the Sixteen » et Harry Christophers
«Mother and Child» (2002) de Sir John Tavener
célèbre l'accouchement et universellement Marie, mère de Dieu.
Des couleurs extatiques et lumineuses jusqu'au point culminant chanté en sanscrit…
Par l'ensemble «Tenebrae» et Nigel Short
«Anticipation» (2005) de V. Michael Mckay 
le texte :
« can't wait to see him,
Look upon his face,
How done before him,
Thank him for his grace… »
Un gospel …avec piano…. une partie de mes écoutes et direction chorale
par « Messiah College Concert choir » et Linda L. Tedford
Bonne semaine à tous ! 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 20 FEVRIER

Dans 10 jours le Mercredi des cendres annoncera l'entrée en carême.
La lettre musicale de cette semaine anticipe cette date importante. 
 
Actuellement ce jour est marqué par l'imposition des cendres que le prêtre dépose en forme de croix sur le front de chaque fidèle en signe de fragilité de l'homme … (le péché )
Selon les rites du Vlle siècle, les pénitents se présentaient aux prêtres pénitenciers et recevaient un vêtement de cilice rugueux couvert de cendres avec l'ordre de se retirer dans l'un des monastères jusqu'au Jeudi saint.
 
Datant de processions romaines du 6e siècle qui précédait la messe, et entrée dans la liturgie vers le 10e siècle l’antienne « Immutemur habitu » fait référence au rite particulier de cette entrée en carême.
  
« Immutemur habitu, in cinere et cilicio,
Ieiunemus, et ploremus ante Dominum,
Quia multum misericors est dimittere peccata nostra Deus noster »
(Changeons de conduite, sous la cendre et le cilice :
Jeûnons et pleurons devant le Seigneur :
Car notre Dieu est abondant en miséricorde pour remettre nos péchés.)
 
Voici cet antiphone grégorien interprété par les « CantArte Regensburg »
 
Une autre mise en musique de ce texte a été composé en 1543 par Cristobal de Morales, sous forme polyphonique cette fois. Le compositeur espagnol, grand maître prolixe et très influant au temps de la Renaissance, fut au service de la Chapelle pontificale. Sa musique est d'une très grande densité contrapuntique.
Le Mercredi des cendres est aussi l'occasion d'entendre le Miserere mei Deus (psaume 50)
 
Alors évidemment comment ne pas évoquer la  mise en musique de Gregorio Allegri !
Une œuvre basée sur la psalmodie grégorienne et l'harmonisation entre le stylo antico et le stylo nuovo.
 
La célèbre pièce, chantée pour la première fois le Vendredi saint 1639, a une histoire toute particulière. Gardée jalousement par le Vatican pour qu'elle ne soit jamais chantée en dehors de La Chapelle vaticane, elle fut dévoilée 150 ans plus tard par le jeune Mozart qui, lors de son voyage en Italie, la retranscrit de mémoire après une seule écoute .
 
Sait-on que les mélismes « stratosphériques » si reconnaissables de la version la plus connue et la plus chantée à l’heure actuelle, ne sont pas du compositeur !!!! et non ! Jusqu’au début du 19e siècle les chanteurs avaient l'habitude d'ornementer les œuvres. Tout leur art résidait dans cette pratique apprise auprès des enseignants des maîtrises …
Que d'anecdotes autour de cette œuvre ! 
En voici une autre : le célèbre contre ut, sûrement pas chanté à l'époque, pas même en ornementation … Une erreur de lecture d'un musicologue du 19e siècle … 
et voilà comment naît une tradition !
 
Les enregistrements de cette pièce sont pléthores.
Ces pages incontournables figurent au répertoire de toutes les maitrises dignes de ce nom !
 
Voici celles que je retiens :
 
Une version peut être assez traditionnelle avec le contre ut 
par un ensemble superbe «Tenebrae »
Une version moins traditionnelle par « the Sixteen » 
Une version dite  « évolutive »
ll y a un contre ut à un certain moment mais il est intéressant d'écouter les ornementations au fil du texte.
Et enfin une version de 1994 avec ornementations baroques, qui fait date maintenant mais eut à sa sortie son petit
effet !!!
C'est superbe !
Les chanteuses font de la dentelle !!!
« A sei voci » dirigé par Fabre Garrus…
Le chapitre profane maintenant,
direction la Russie du  20e siècle.
Quel dommage que la barrière de la langue, de sa lecture et de sa prononciation nous ait éloigné de ces musiques chorales si spécifiques dans leur écritures vocales, rythmiques, musicales.
Essentiellement basées sur des références musicales traditionnelles voici quelques mises en musique vraiment sublimes…
Extrait de Ivan le terrible de Sergei Prokofiev  
Peut être bien la première pièce chorale russe que j'ai dû entendre…. A écouter encore et encore pour les nuances, les couleurs, la pâte sonore….
« vocalise »par « the Moscow state chamber choir » dirigé par Vladimir Minin 
Extrait de Pushkin's garland : Magpie chatter de Gueorgui Vassilievitch Sviridov 
par « the Moscow chamber choir » dirigé par Vladimir Minin
Kangaroo de Sergei Ekimov 
par « the Houston chamber choir » dirigé par Robert Simpson 
Superbe, même si pour des initiés ce n'est peut être pas les couleurs de la musique russe …

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 13 FEVRIER

Ce dimanche, 6e dimanche de l'ordinaire correspond à la Quinquagésime 
(voir les lettres précédentes avec la Septuagésime et la Sexagésime),
nommé ainsi parce que situé 50 jours avant Pâques.  
Dernier dimanche avant le Carême qui débute trois jours plus tard avec le mercredi des cendres, il était également appelé le dimanche gras ou encore dimanche Esto Mihi, titre et premiers mots du chant d’entrée (introït) de ce dimanche de Quinquagésime. 
Le texte est tiré des psaumes 70 et 30. 
«Esto mihi in Deum protectorem 
Et in locum refugii,
Ut salvum me facias. »
(soyez pour moi mon Dieu protecteur,
Et ma place-forte,
Qu'ainsi vous nous sauviez.)
 
Ce chant est d'une qualité rare, plein de tendresse et de douceur.
Malheureusement, difficile de trouver un enregistrement qui me convainque.  
Ici une version avec la partition grégorienne pour vous familiariser à la lecture de cette musique et de son écriture.
Place à notre cycle Bach maintenant,
En 1723, Jean-Sébastien Bach se porte candidat au poste de cantor à l'église Saint Thomas de Leipzig.
Il y présente deux cantates répertoriées BWV 22 et BWV 23.
C’est  sûrement grâce à ces deux oeuvres qu’il obtint la charge, à l’unanimité avec 28 voix sur 28 !
 
J'ai choisi dans la cantate BWV 23 « Du wahrer Gott und Davids Sohn »
(toi Dieu véritable et fils de David), les deux derniers mouvements, ceux où le choeur intervient.
 
premier choeur 
« Aller Augen warten,Herr »
(Tous les yeux sont sur toi)
deuxième choeur : un choral avec orchestre développé
« Christe, du Lamm Gottes »
(Christ agneau de Dieu)
Un autre extrait de cantate pour la Quinquagésima :
le superbe choral final avec son accompagnement de basse continue et de hautbois de la Cantate BWV 22 : 
« Jesus nahm zu sich die Zwölfe » (Jesus prit avec lui les douze). 
De cette  cantate :
« Ertödt uns durch dein Güte »
Mortifie nous par ta bonté (gloups!) 
Les trois enregistrements par le Bach Collegium Japan dirigé par Masaaki Suzuki.
Passons à la musique française avec un motet d'un compositeur, organiste et claveciniste,
Louis-Nicolas Clerambault (1676-1749)  reconnu comme le maître de la cantate française. Il tint les orgues de
Saint Sulpice et, au service de Madame de Maintenon, fut responsable de la musique à la maison Royale de Saint-Cyr.
 
En tant que musicien et compositeur chargé de renouveler le répertoire des offices à Saint-Cyr (école fondée par Madame de Maintenon pour accueillir les jeunes filles de l'aristocratie pauvre), il écrivit de nombreuses pièces sacrées pour voix égales de femmes.
 
En voici une, destinée à la Quinquagésime
« Domine ante te omne desiderium meut…» 
(Seigneur! Tout mon désir est exposé à vos yeux) motet à 2 voix.
par les demoiselles de Saint Cyr dirigées par Emmanuel Mandrin.
Une fois n'est pas coutume, écoutons de l'orgue.
Un Extrait de l'Orgue Mystique, cycle de Pâques : la Quinquagésime: « Verrière » une pièce que j'apprécie beaucoup de Charles Arnould Tournemire (1870-1939), .
Organiste et grand improvisateur de ce début du 20e siècle dont l'univers musical est emprunt de romantisme, de couleurs debussystes et de polytonalités, il est injustement méconnu par le grand public.
L'une de ses plus grande réussites, l'Orgue Mystique, développe tout en sonorités saisissantes, l'année liturgique !
Par Tjeerd Van der Ploeg sur les grandes orgues Mutin (1922) de la collégiale Saint-Pierre à Douai.
La partie profane maintenant :
Un petit tour au Canada et ses multiples cultures et traditions musicales.
L’embarras du choix !
Faisant partie des canadian Folk songs arrangés par Derek Haeley
1- « Inuit Hunting song » par le Choeur Musica Intima
6: « Danse, mon moin, danse! » par the Elora singers

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 6 FEVRIER

Aujourd’hui 5e dimanche ordinaire,  longtemps dimanche de la Sexagésime.
Dimanche dernier, avec le dimanche de la Septuagésime commençaitle temps liturgique éponyme qui, avant Vatican 2, s‘étendait de l’Épiphanie au Carême.
La Sexagésime, dans la forme tridentine du rite romain (adopté par l’Église catholique au concile de Trente), est le dimanche qui suit
Quelques belles pièces  musicales furent composées pour la Sexagésime.
Bien sûr, comme très souvent, je pioche dans l'œuvre immense de Jean-Sébastien Bach.
En 1724, dans sa première année à Leipzig, Jean Sébastien Bach écrit la Cantate BWV 181  
« Leichtgesinnte Flattergeister » 
(Les esprits frivoles et légers)
Elle fait partie des cantates où le choeur n'intervient que pour le final .
Dans ce choeur final, pas de choral simple mais une pièce développée avec un orchestre mis à l'épreuve grâce à de superbes parties de trompette, hautbois, traverso, cordes, tandis que les voix subliment le texte avec ferveur et joie, en de multiples rubans de vocalises. 
« Lass, Hochster, uns zu allen Zeiten » 
( Accorde nous, Très-Haut, à toute heure, le réconfort de votre cœur, ta sainte parole )
 Mon choix d'interprétation, comme très souvent, : Le Bach collegium japan et le chef Maasaki Suzuki. 

Un motet du compositeur catholique anglais William Byrd (1540-1623) reprend le texte de l'introït de ce 5e dimanche du temps ordinaire.

Superbe motet à 5 voix, interprété par un ensemble spécialisé dans ce répertoire du 16 et 17e siècle.
De tout beauté !!!
« Exsurge Domine » de William Byrd par l'ensemble Stile Antico 
J'ai choisi, pour continuer, l'antiphona du dimanche de la Sexagésima
« Cum turba plurima » 
(comme une foule très nombreuse s'assemblait près de Jésus, et qu'on accourait des villes auprès de lui, il dit en parabole : Celui qui sème alla semer sa semence)
pour vous faire découvrir le compositeur et organiste espagnol de la Renaissance : Cristobal de Morales (1500-1553)
Compositeur à la renommée indéniable, pour preuve les nombreuses éditions de sa musique ayant circulé à l'époque dans l'Europe entière, son œuvre est à quelques exceptions près orientée vers la musique sacrée.
Son genre de prédilection est le motet. Il s’attache à mettre le texte liturgique en valeur, souvent par l’utilisation de l’ostinato et du contrepoint, des formes musicales qu’il affectionne.  
Son langage est d'une grande expressivité, toute espagnole …
Si l'on a dans « l'oreille » les motets de Palestrina ou de Monteverdi, composés à la même époque, on entend ici une image sonore bien différente …
Par La Grande Chapelle, qui, malgré son nom, est un ensemble vocal et instrumental espagnol.
Sur le texte  de la communion du dimanche de la Sexagesima
« Introibo ad altare Dei »
( je m'approcherai de l'autel de Dieu)
Aujourd'hui un motet pour une basse solo de Mikolaj Zielenski, compositeur polonais (1550-1615) du début du baroque, dont l'aura, malheureusement, ne dépassa pas la Pologne.
Grandeur et ornementation du baroque naissant que la basse Stéphan MacLeod maitrise avec majesté.
Pour son timbre, la souplesse et ses ornementations, en somme l’art du chant de Stéphan MacLeod, dans ce motet du 17e siècle pour voix solo et continuo.
Pour finir,
place au profane avec un compositeur pianiste musicologue français du début du 20e siècle.
Joseph Canteloube (1879-1957) est surnommé par certains (comme) : «le mystique du chant populaire».
Connu surtout pour ses célèbres « chants d'Auvergne » qu'il élabora sur plus de trente ans souvent destinés à une voix de soprano solo accompagnée d’orchestre. Il fait partie d’un courant  qui,  à la charnière du 19e et 20e siècle voulait sauvegarder culture et  traditions musicales populaires.
Un courant très présent en Europe de l'Est  avec des compositeurs comme Kodaly et Bartok ou Janáček…  
Il adapte ici pour choeur a capella des chants traditionnels en passe de tomber dans l'oubli.
Les textes sont amusants ! 
On en oublierait le raffinement et l'art du compositeur pour passer de la musique traditionnelle à  la musique savante …
Deux chants  parmi les « cinq chants paysans de Haute-Auvergne. »
Par le Choeur Arsys Bourgogne dirigé par Mihály Zeke.
« Chaîne de bourrées » 
« À la campagne »

 

Bonne semaine à tous ! 

 

 

 

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 30 JANVIER

Commençons notre petit parcours musical par Jean-Sébastien Bach 
Le 4e dimanche ordinaire débutait dans le rite tridentin (avant Vatican 2) le temps de la septuagésime (un temps commençant 70 jours avant Pâques.)
Écrite par Bach à Leipzig, la cantate BWV 92 est jouée pour la première fois  le 28 Janvier 1725 pour ce temps liturgique de la septuagésime qui succédait au temps de Noël et précédait au temps du Carême.
« Ich hab in Gottes Herz und Sinn »
( Au cœur et à l'esprit de Dieu )
Elle est richement élaborée avec de belles parties de hautbois d'amour comme dans ce chœur d'entrée où se déploie le cantus firmus au pupitre de sopranos.
On entend immédiatement une facture musicale très évoluée dans ce concerto instrumental soutenant un chœur très expressif.
Suzuki et le Bach collegium Japan
Un autre texte, extrait des béatitudes, idéal pour ce dimanche.
« Beati pauperes spiritu »
( Heureux les pauvres en esprit )
Ici un motet édité en 1619 pour 5 voix et basse continue par le compositeur et grand pédagogue de l'époque : Jan Pieterszon Sweelinck.
Une très belle pièce avec une basse montante et des phrases suspendues … magique !
Par the Choir of Clare College
Des extraits du psaume 30 sont propres à illustrer ce temps liturgique donnant déjà une couleur proche du carême :
« Illumina faciem tuam super servum tuum »
(Faites resplendir votre face sur votre serviteur)
Sur ce texte, Carlo Gesualdo, compositeur de la fin de la renaissance italienne livre un exemple type de son style musical.
Écoutez ses changements harmoniques extrêmes, sa peinture expressive des mots, l'accumulation progressive  des
« salvum me » (sauvez moi) et des « quoniam invocavi te » ( car je t'ai invoqué)…
Par the Oxford Choir.
Le texte des béatitudes qui reprend en parti le sermon de Jésus sur la montagne dans l'évangile de Saint Mathieu et le sermon de Jésus dans la plaine dans l'évangile de Saint Luc ne fut pas exploité que par le génial Sweelinck.
ll fut souvent mis en musique dans la liturgie orthodoxe, par Rachmaninov ou Tchaikovsky par exemple.
Dans cette liturgie,  j’ai choisi une pièce plus contemporaine que j'apprécie pour son atmosphère.
Elle fut écrite par Vladimir Martinov, compositeur russe né en 1946, avec, peut-être, une petite inspiration de l'école minimaliste américaine (Reich ou Glass).
Très belle pièce avec trois sopranos solo et chœur accompagnant …
Par l'ensemble Conspirare dirigé par Craig Hella Johnson
Et si l'on parle des béatitudes, je pense immédiatement à « The Beatitude » d’Arvo Pärt, le compositeur estonien de musique minimalise  si peu chanté en France.
La pièce qui ne reprend qu’une partie de l’intégralité du texte des Béatitudes, est basée sur le sermon de Jésus sur la montagne dans le livre de saint Mathieu.
Reflétant le texte, la musique prend la qualité d'une récitation méditative …
[…le son, le silence et le temps sont des propriétés mystiques dans la musique d'Arvp Pärt …]
 Choir of King's college
Claude Debussy compose très peu pendant la première guerre mondiale.
J'ai hésité à vous envoyer ce lien vers une pièce controversée par le compositeur lui même, ses ayant droit et même ses admirateurs :
une chanson écrite en 1915 qui parle d'enfants ayant tout perdu : leur maison, leur mère, leur père à la guerre.
C'est une chanson patriotique, la dernière chanson composée par Debussy.
Pourquoi dérange t'elle ?
    Pourquoi crée-t-elle un malaise ?
Elle présente un Debussy anti-allemand, composant pour un chœur d'enfants, un chant sous forme d'une prière mais paradoxalement exprimant une haine de l'ennemi.
Cela reste néanmoins une très belle page, un chant simple et limpide  pour choeur d'enfants et piano qui par son foisonnement exprime la colère et la révolte face à l'envahisseur, l'occupant de l’Alsace, Lorraine, une annexion pas digérée par les français !
C'est un fait, une page d'histoire mais un belle musique à ne pas oublier … à mon avis.
[ Nous n'avons plus de maisons !

Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris,
Jusqu'à notre petit lits!
Ils ont brûlé l'école et notre maître aussi,
Ils ont brûlé l'église et monsieur Jésus-Christ,
Et le vieux pauvre qui n'a pas pu s'en aller!
Nous n'avons plus de maisons!
Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris,
Jusqu'à notre petit lit!

Bien sûr! Papa est à la guerre,
Pauvre maman est morte!
Avant d'avoir vu tout ça.
Qu'est-ce que l'on va faire ?
Noël, petit Noël, n'allez pas chez eux, n'allez plus jamais chez eux, punissez-les !
Vengez les enfants de France !
Les petits Belges, les petits Serbes, et les petits Polonais aussi !
Si nous en oublions, pardonnez-nous.
Noël ! Noël ! surtout, pas de joujoux,
Tâchez de nous redonner le pain quotidien.

Nous n'avons plus de maisons!
Les ennemis ont tout pris, tout pris, tout pris.

Jusqu'à notre petit lit!
Ils ont brûlé l'école et notre maître aussi,
Ils ont brûlé l'église et monsieur Jésus-Christ,
Et le vieux pauvre qui n'a pas pu s'en aller !

Noël ! Écoutez-nous, nous n'avons plus de petits sabots!
Mais donnez la victoire aux enfants de France.]

« Nous n'avons plus de maison » de Claude  Debussy par le Tapiola Choir 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 23 JANVIER

Pour cette lettre du troisième dimanche du temps ordinaire, 
Quelques pièces par ordre chronologique …
En Angleterre, d’Oxford à Cambridge, de Londres à Canterbury,  à cheval sur la fin du 16e et le début du 17e siècle, d'une grande famille de musiciens : Orlando Gibbons.
D’Orlando Gibbons, j'aime beaucoup ce motet inscrit au répertoire des chanteurs de st Eustache et que je fais chanter à nouveau par le choeur cette d'année :
« Almighty and everlasting God »
(Dieu tout-puissant et éternel, regarde miséricordieusement nos infirmités, et dans tous nos dangers et nécessités, étends ta main droite pour nous aider et nous défendre, par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen).
Tout l'art de la musique anglaise de ce début de 17e siècle …
Un motet incitant à la méditation.
Par l'Oxford camerata
Pour ce 3e dimanche après l'Epiphanie, Jean-Sébastien Bach a écrit plusieurs cantates tout le long de sa carrière, j'ai choisi de vous faire entendre  le Choeur d'entrée de la cantate BWV 72 « Alles nur nach Gottes willen » (Qu’il en soit toujours selon la volonté de Dieu), un choeur volubile déployant des vocalises ascendantes et faisant penser quelque peu au choeur d'entrée de son magnificat.
Bach collegium sous la direction de Masaaki Suzuki
https://youtu.be/DEQRhGbTM-U
L'offertoire de ce dimanche Dextera Domini est bien connu,  tout au moins en France, des mélomanes, du fait de la pièce composée au 19e siècle par César Franck.
Le Dextera Domini se chante aussi à la vigile de Pâques …
Mon dilemme :
Beaucoup de mises en musique, peu d'enregistrements à vous joindre et une pièce qui me semble difficile à gérer, sûrement à cause de la structure du texte …
J'y trouve toujours une raideur déstabilisante à peu près à toutes les époques et quelque soit le style musical.
En grégorien tout d'abord 
Le Dextera Domini de Palestrina 
L'un des plus fluides, 
par le Choir of Trinity college
https://youtu.be/LLt3RugW6aU
Je ne connais pas d'enregistrement studio de la version du Padre Martini que nous chantons depuis des années à Saint-Eustache. En prise live, un petit ensemble vocal, qui s'en sort très, très bien,  
The Florida schola Cantorum
Le Dextera Domini de Johann Ernst Eberlin.
Un compositeur méconnu en France mais qu'il faut découvrir, notamment pour ses très intéressantes  messes ! 
Contemporain de Léopold Mozart (pour mieux le situer), il aurait pu être l'un des maîtres d'Amadeus.
Sa musique fait passer le baroque à l'air pré-classique …
Par le « Rodolfus Choir »
Le Dextera Dominide Josef Gabriel Rheinberger, compositeur allemand catholique redécouvert depuis une petite vingtaine d'années.
Grâce à lui, nous voici plongés directement dans le romantisme. 
Le grand chef Frieder Bernius façonne de façon magistrale et génialement les chœurs sous sa direction dans le répertoire allemand !!  Le phrasé par le texte.
Par le Kammerchor de Stuttgart – Frieder Bernius
Et puis évidemment la version de César Franck.
Quand je suis arrivé à Saint-Eustache, comme pianiste accompagnateur, César Franck apparaissait chaque année pour Pâques .
De très vieilles partitions étaient sorties des placards.
Je n'appréciais pas trop cette pièce, trop ample vocalement à mon avis. 
Mon malaise musical et mon incompréhension de cette pièce s’étendaient même à de nombreux enregistrements et interprétations de grands chœurs de renom.
« C'est lent, pompeux, cela n'en finit pas. C’est fatiguant pour les chanteurs, mis à l'épreuve».
Et un jour, j'entends le chœur de Jean Sourisse qui décide de prendre le tempo alla breve : à deux temps au lieu de quatre. C'est dynamique et par miracle le texte devient compréhensible et écoutable pour mes oreilles.
Néanmoins je préfère une version qui fait la synthèse de toutes les versions et trouve le bon compromis de tempo pour concilier majesté française du 19eme siècle et fluidité du déroulement mélodique et harmonique.
Dans la version de Michel Corboz et de son Ensemble vocal de Lausanne … le chœur se développe avec élégance sans souffrir de phrases longues ou trop rapides …
Bref c'est superbe.
Et pour finir une cantate profane écrite par Francis Poulenc en pleine occupation, en décembre 1944,  sur des textes du poète surréaliste Paul Eluard.
« … Si la neige y est le symbole de la répression, elle est aussi celui de la résistance et de la foi en la force de l’Homme qui triomphera. »
Du très beau Poulenc avec une prosodie exceptionnelle. 
Un soir de neige, Cantate profane de Francis Poulenc (1899–1963)
Textes : Paul Éluard (1895–1952) Longue déploration sur la rigueur de l’hiver en parallèle avec la 2ème Guerre Mondiale.
  De grandes cuillers de neige
   De grandes cuillers de neige
   Ramassent nos pieds glacés
   Et d’une dure parole
   Nous heurtons l’hiver têtu
   Chaque arbre a sa place en l’air
   Chaque roc son poids sur terre
   Chaque ruisseau son eau vive
   Nous nous n’avons pas de feu
    La bonne neige

La bonne neige le ciel noir
Les branches mortes la détresse
De la forêt pleine de pièges
Honte à la bête pourchassée
La fuite en flèche dans le cœur

Les traces d’une proie atroce
Hardi au loup et c’est toujours
Le plus beau loup et c’est toujours
Le dernier vivant que menace
La masse absolue de la mort

  Bois meurtri

Bois meurtri bois perdu d’un voyage en hiver
Navire où la neige prend pied
Bois d’asile bois mort où sans espoir je rêve
De la mer aux miroirs crevés

Un grand moment d’eau froide a saisi les noyés
La foule de mon corps en souffre je m’affaiblis je me disperse
J’avoue ma vie j’avoue ma mort j’avoue autrui

Bois meurtri bois perdu
Bois d’asile bois mort

  La nuit le froid la solitude

   La nuit le froid la solitude
On m’enferma soigneusement
Mais les branches cherchaient leur voie dans la prison
Autour de moi l’herbe trouva le ciel
On verrouilla le ciel ma prison s’écroula
Le froid vivant le froid brûlant m’eut bien en main.

 
   Par le Choeur Accentus dirigé par Laurence Equilbey

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 16 JANVIER

Commençons cette lettre musicale par un extrait de la cantate BWV 3 de Jean-Sébastien Bach : 
 
« Ach Gott, wie manches Herzeleid » ( Ah ! Dieu, que mon cœur a du tourment ! )  
Elle fut écrite à Leipzig et donnée pour la première fois le dimanche suivant le jour de l'an 1726.
Caractéristique principale de ces très belles pages, sous-titrées, «concerto in dialogo», la mise en valeur de deux hautbois solos qui dialoguent tout le long de l’oeuvre et notamment dans le choeur d’entrée que j’ai choisi de vous faire écouter.
Bach appréciait beaucoup cet instrument, que l’on retrouve essentiellement à l’époque baroque.
Voici donc le premier choeur de cette cantate, interprété avec grâce et raffinement, voire parfois maniérisme, par le Monteverdi choir dirigé par Sir Elliot Gardiner.
A suivre avec la partition. 
Au programme de cette messe du deuxième dimanche de l’ordinaire, un texte souvent mis en musique :
le « Jubilate Deo universa terra »
 
Tout d'abord un chant  grégorien chanté à l’offertoire de ce dimanche puis à Pâques.
La mélodie est superbe et virtuose.
Par la Nova schola gregoriana.
 
Un autre Jubilate Deo universa terra de Laszlo Halmos, compositeur hongrois, mort en 1997. 
Ce n'est pas le style de musique que l'on peut entendre à Saint-Eustache. 
Avec les choeurs que j'ai pu diriger, j'aborde souvent la musique sacrée contemporaine des pays de l'Est  avec cette pièce.
Écriture assez simple, parallélisme, alternance hommes, femmes, en facilitent l’écoute.
L’on reconnaît un style qui n'est pas de «notre vieille Europe occidentale».
Par le Choeur de Budapest 
 
Enfin par le grand maître Giovanni Pierluigi da Palestrina 
Le même texte … un autre monde, la fin de la Renaissance.
Ce très beau motet à 8 voix, en double choeur, est chanté par de nombreuses maîtrises de toute l'Europe.
Par the Sixteen
 
Un motet anglais que j'écoute très souvent et qu'il me plairait d'entendre dans Saint- Eustache …
Peter Warlock est un compositeur et critique musical surtout connu pour une œuvre pour orchestre à corde : Capriol suite 
Il a écrit, néanmoins, beaucoup de carols et pièces pour chorales.
Un de ses  «tubes» pour vous : « Bethlehem Down »
Ici magnifiquement mis en œuvre et interprété par le Choir of  Clare College, Cambridge …
Toujours dans le temps de l'Épiphanie.
Dans l'ancienne liturgie nous sommes au deuxième dimanche de l'Épiphanie.
 
Maintenant un peu de profane.
Jean-Baptiste Poquelin dit Molière fut baptisé le 15 Janvier 1622 à l’église Saint-Eustache. Pour les 400 ans de l’événement, la paroisse de Saint- Eustache, ses musiciens et chanteurs  lui rendrons hommage en cette fin de semaine. 
On associe Molière à deux musiciens avec qui il a collaboré : Jean-Baptiste Lully et  Marc-Antoine Charpentier. Pour agrémenter ces pièces, Molière crée un genre la Comédie-ballet  dans laquelle chant et danse sont introduits en intermèdes, en quelque sorte un  «théâtre dans le théâtre». La Comédie-ballet ne survivra pas à Molière.
On se plairait à revoir et réentendre le Malade imaginaire avec les intermèdes de Marc-Antoine Charpentier trop peu souvent donnés !
 
Le premier intermède :« Zerbinetti » chanté par « la vieille ».
Il faut un grand talent de comédien pour chanter et oser sortir des codes de l'art du chant.
Dominique Visse, le contre ténor des premières années des Arts florissants, est ici extraordinaire.
Dans ce premier intermède se trouve aussi une fantaisie avec un personnage célèbre :
« Polichinelle » interprété ici par Alain Trétout.
Virtuosité vocale du comédien, jeu avec les chanteurs et l'orchestre.
Une bouffonnerie qui fait grand bien par ces temps incertains !

Bonne semaine à tous ! 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 9 JANVIER

Pour cette lettre musicale et dans le temps de l'Épiphanie
ou ce qui correspondait encore dans l'ancienne liturgie au temps de Noël, voici quelques pièces de circonstances que j'espère vous apprécierez autant que moi.
Le « Reges terrae »  fait partie du psaume 48: 5, le plus utilisé par les compositeurs pour soutenir musicalement cette fête de l'Épiphanie.
Voici une très belle pièce à 6 voix de Pierre de Manchicourt (1510-1564), un compositeur que le créateur du chœur de St Eustache, le Révérend Père Martin, affectionnait particulièrement.
Par mon ensemble préféré the Sixteen.

Un beau chœur d'entrée ouvre la cantate BWV 123 de Jean Sébastien Bach pour célébrer cette fête. Belle souplesse du phrasé grâce au choix de la mesure ternaire et de l'ornementation.

Un orchestre riche et rutilant soutenant un chœur noble, un moment musical lumineux !
« Liebster Immanuel, Herzog der Frommen »
Version de Ton Koopman

Un même texte « Videntes stellam » mis en musique par Orlando di Lasso, connu également sous le nom de Roland de Lassus ( 1532-1594), le grand maître de la Renaissance mixant le style flamand et le renouveau italien et quatre siècles plus tard par Francis Poulenc.

Autre époque, autre culture, autre style, autre traduction de leur ferveur respective.
Deux œuvres incomparables, au sens propre comme au sens figuré !
 
Videntes stellam, motet à 5 voix de Orlando di Lasso par the Sixteen

Videntes stellam de Francis Poulenc par the Sixteen

 
 
Du profane maintenant !
 
« 6 chansons nach Rilke » de Paul Hindemith, un cycle à capella écrit en 1939.
Il s'agit, bien sûr, de Rainer Maria Rilke, le poète. 
Bien qu’essentiellement compositeur de musique instrumental, Paul Hindemith a écrit, pendant de brèves périodes, quelques pièces pour chœur.
Il aimait beaucoup la musique Renaissance (madrigaux, chansons franco-flamande) et croyait que le chant non accompagné était à la fois un outil d'enseignement important et une activité communautaire précieuse…
Dans cet ensemble de chansons, pour l’écriture pleine de musicalité de Rilke, Hindemith compose avec des harmonies assez simples et accessibles à des chœurs de tout niveau.
 
Les 6 poèmes sont extraits du recueil « Vergers » écrit en 1924 par Rilke, réfugié  dans le Valais suisse.
Bien que ne s'étant jamais rencontrés, ils ont en commun de s’être exilés d’Allemagne, le poète  pour son opposition à la 1ère guerre mondiale, le musicien pour sa musique condamnée par le régime nazi et ses amitiés juives.
Tous deux, à des périodes différentes, tomberont sous le charme de la nature paisible de la campagne valaisanne.
par le Netherlands Chamber Choir
La biche
Un cygne

Puisque tout passe

Printemps
         Un cygne avance sur l'eau
         tout entouré de lui-même
         comme un glissant tableau ;
         ainsi à certains instants
         un être que l'on aime
         est tout un espace mouvant.

Il se rapproche, doublé,
comme ce cygne qui nage,
sur notre âme troublée…
qui à cet être ajoute
la tremblante image
de bonheur et de doute.

l'une des pages les plus simples de Hindemith sur ce beau texte. Tout est ici émouvant.
Bonne semaine à tous !

 

LA LETTRE DE NOEL

Et voici pour  ces fêtes de Noel , une playlist de chants de Noël uniquement français, concoctée avec amour !

Des chants que vous reconnaîtrez, d'autres peut être pas, car trop anciens…
J'espère que vous aurez le sourire ou des surprises et peut être même les deux !
Bonnes fêtes à tous.

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 19 DECEMBRE

Voici le 4e et dernier dimanche de l'Avent,

l'occasion de faire entendre la prose ou hymne de l' Avent  qui se trouve être en introït de cette messe.

Le « Rorate caeli desuper, et nubes pluant iustum » (Cieux, répandez votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste) tirée du Livre d'Isaïe (45, 8) exprime merveilleusement l'attente de l'avènement du Messie promis.
Beaucoup de compositeurs ont élaboré des motets plus recherchés les uns que les autres.
C'est pourtant, pour moi, la version grégorienne qui me touche le plus et qui me semble mettre le texte le plus en valeur …
La mise en œuvre par alternance choeur et soliste est idéale !
Par le chor Katedry Warszawsko-Praskiej « Musica Sacra »
Dans l'attente  de la venue du Christ, un autre texte est incontournable.
« Veni, Domine, et noli tardare (Venez, Seigneur, et ne tardez pas)
Compositeur, pianiste, organiste et chef d'orchestre international, Félix Mendelssohn (1809-1847) est une personnalité incontournable de l'ère romantique.
Il écrivit pour tous les genres musicaux : musique de chambre, musique symphonique et musique pour chœur dont ce motet n°1 opus 39 pour trois voix de femmes ou d'enfants et orgue.
Noblesse du phrasé, ligne mélodique équilibrée, harmonisation délicate … du très bon Mendelssohn.
Par l'Ensemble vocal Jean Sourisse
J'ai choisi une version avec voix de femmes plutôt qu'avec voix d'enfants par pure subjectivité et esthétique personnelle !
Il me semblait intéressant de mettre en parallèle avec Félix Mendelssohn, l'esthétique d'un contemporain français. Compositeur, chef d'orchestre, critique musical et écrivain Hector Berlioz (1803-1869), reconnaissable dès les premières notes entendues, se rattache au mouvement romantique mais reste un compositeur inclassable.
Il inaugure, en quelque sorte, l'oratorio romantique avec « L'enfance du Christ » œuvre en trois parties avec solistes, chœur et grand orchestre symphonique.
Un extrait de son oratorio, « L' adieu des bergers », créé en 1854 se chante souvent à Noël :
Ici chanté par le Collegium vocale de Gent et dirigé par Philippe Herreweghe.
Je vous recommande d'écouter l'intégralité de l'œuvre, particulièrement l'extatique et humble épilogue qui clôt l'œuvre.
En offertoire pour ce 4e dimanche de l'Avent,
un hommage à la Sainte Vierge.
 L'« Ave Maria », le texte le plus connu peut-être après le Notre Père :
On ne compte plus les mises en musique qu’il a  suscité.
Parmi tant de motets, j'ai choisi sans hésiter celui de Franz Biebl (1906-2001), l'un des compositeurs les plus  respectés de la musique chorale allemande.
Franz Biebl est connu avant tout pour ce merveilleux Ave Maria écrit en 1964 et l'extraordinaire enregistrement de l'ensemble vocal d'hommes Chanticleer.
C'est aussi l'occasion d'entendre l'intégralité du texte de l' Ave Maria
Donc par le choeur Chanticleer
Un moment magique …
Quelques noëls « coups de cœur » maintenant !
Un nouveau cantique écrit par le compositeur François Dompierre sur le texte de Denys Arcand, enregistré à l'occasion des concerts « Le chemin de Noël », concerts dirigés par Bernard Labadie à Québec tous les ans depuis 2016.
Un très beau CD avec récitant et plein de noëls chantés par La Chapelle de Québec.
Donc ici, le cantique « Mais où sont les neiges ? »
Un Carol traditionnel mais ici mis en musique  par John Gardner pour chœur, orgue et percussion.
La joie de Noël et un peu de jeunesse dans les églises….
« Tomorrow shall be my dancing day »
par le choir of St John's college, Cambridge
Pour finir un grand classique,
«  Jingle bells » mais dans une version jazz par l'un des plus beaux ensembles vocaux mondiaux
Ténèbrae dans l'arrangement de Ben Parry

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 12 DECEMBRE

Gaudete !!! (Réjouis toi !)

Voici le nom de ce 3e dimanche de l'Avent.
 
Pour l’illustrer, un motet dynamique et magistralement interprété par l'ensemble  Stile antico. Exactement ce qu'il nous faut en ce jour de joie !
Sur le texte de l'introït de ce 3ème dimanche de l'avent, Giaches de Wert (1535-1596), maître de chapelle à Mantoue, déjà présenté il y a quelques semaines, un des plus grands madrigalistes de la fin de la Renaissance, écrit vers 1581 ce superbe hymne «  Gaudete in Domino » pour 5 voix a capella.
Le lien permet de suivre grâce à la partition, le jeu d'imitation et la façon dont le compositeur exprime la joie, entre autres par les multiples mélismes ascendants.
 
« This is the record of John », motet de circonstance d’Orlando Gibbons (1583-1625) que toute maîtrise anglaise a à son répertoire pour cette période de l'Avent, habituellement  chanté en année B dans la liturgie catholique.
Digne représentant d'une famille de musiciens, Orlando Gibbons, dernier grand compositeur du siècle d'or anglais, la période élisabéthaine, qui enjambe le 16e et 17e siècle, fut tout d'abord reconnu pour ses talents d'organiste. Bien que sa production musicale ne soit pas considérable, elle se distingue par une qualité hors norme tant dans sa musique sacrée que profane, en particulier dans ses œuvres pour virginal, viole ou luth.
Ce motet consacré à Saint Jean Baptiste et sa prophétie sur la venue de Jésus fut composé pour un soliste, un chœur à 5 voix, violes et orgue.
Le dialogue entre soliste et chœur valorise grandement le texte et le questionnement sur l'arrivée du Rédempteur.
Une grande page de musique sacrée, que j'ai choisie ici interprétée par le Folger Consort pour le soliste, la qualité de l'enregistrement, le tempo et la souplesse des phrasés.
Quelques Noëls maintenant pour le plaisir de découvrir des chants si anciens qu'ils ont, pour beaucoup, disparu de nos mémoires.
 
« D'où viens-tu bergère » est un très vieux chant périgourdin de Noël sur le thème des bergers venant de voir l'enfant Jésus dans sa crèche.
L'arrangement, l'harmonisation et les modulations font de cette mélodie simpliste et courte, une très jolie pièce joyeuse et, malgré le côté répétitif, pleine d'attraits  !!!
Par le choeur La Chapelle de Québec et la belle contralto Marie-Nicole Lemieux sur l'arrangement de Alexander R. Tilley !!!
Un chant ukrainien très connu que vous allez reconnaître, chanté par toutes les maîtrises d'Europe … 
L'effet de cloche de Noël, très reconnaissable, donné par la rythmique répétitive et immuable, est jubilatoire !!!
Carol of the Bells,  bien sûr !
J'ai choisi bien arbitrairement une version anglaise pour le côté magique des concerts du Mormon Tabernacle choir !
A regarder autant qu'écouter …
Pour finir un chant folklorique de Noël anglais dans un arrangement riche et intelligent de Simon Preston : belles harmonies, distribution des voix, petits ensembles vocaux, divers solistes… 
« I saw Three Ships » référence aux bateaux partant pour Bethléem. 
J'ai le sourire tout le long de ce chant, j'espère que vous l'aurez aussi …
Par le Choir of Jesus College Cambridge et leurs jolies voix d'enfants.
 
Bonne semaine à tous !

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 5 DECEMBRE

Pour ce 2ème dimanche de l'Avent, commençons par une pièce écrite sur le texte de l'introït de ce dimanche.
 
« Populus Sion » 
(Peuple de Sion, voici que le Seigneur va venir pour sauver les peuples. Le Seigneur fera entendre sa voix pleine de majesté pour la joie de votre cœur).
Je crois que la majesté et la joie sont bien transcrites dans cette pièce pour chœur à 8 voix, soliste et orgue du compositeur anglais Patrick Gowers, connu surtout pour ses musiques de films. mais aussi pour ses œuvres de musique sacrée, d'une grande qualité, très appréciées dans le monde anglo-saxon.
Sheffield Cathedral Choir dirigé par Neil Taylor
Une mise en musique de l'offertoire du jour !
« Deus, tu convertens vivificabis nos» ( Dieu, c'est vous qui, vous tournant vers nous, nous vivifierez).
Lorsque que l'on fait un petit tour à travers les époques, se référer aux grands maîtres est réconfortant.
Ainsi Palestrina, incontournable compositeur de la Renaissance et maître du stylo antico.
Pour preuve, cette belle pièce à 5 voix par le Palestrina Choir – Michael Harrison

« Ecce Dominus veniet » (Voici que le Seigneur va venir)

Un petit tour maintenant dans le nord du Saint Empire. Hieronymus Praetorius, compositeur de la fin de la Renaissance (à ne pas  confondre avec Michael Praetorius dont il est cependant contemporain) excellait dans le style polychoral vénitien dont il fut le précurseur dans  l'Allemagne  du Nord.
Dans le lien ci dessous, certaines voix du motet à double chœur sont distribuées à des instruments. C'est une pratique courante à cette époque d'utiliser les artistes à disposition, les instruments pouvant remplacer une ou plusieurs voix sans que cela ne gêne quiquonque.
Weser-Renaissance Bremen sous la direction de Manfred Cordes
 
Pour finir un chant de Noël du 16e siècle dont la mélodie fut reprise au 18e dans plusieurs messes de Noël. Pratique très courante des compositeurs pour faire entendre des chants de Noël populaires pendant les messes de Noël.
Les Noëls sont un genre à part entière.
Trop souvent dénigrés, ils sont une synthèse du sacré et du profane, du savant et du populaire … un mélange de textes souvent écrits par des anciens : théologiens, poètes,  sur des musiques quelques fois très anciennes remaniées maintes et maintes fois ….
J'ai choisi un chant français « Les bourgeois de Châtres » dans une belle harmonisation du canadien Donald Patriquin, compositeur, organiste, chef de choeur.
Ici La petite bande de Montréal !

 

Bonne semaine à tous ! 

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 28 NOVEMBRE

Ce dimanche 28 novembre 2021 est le premier dimanche de l'Avent, qui débute l’année liturgique.

Cette année, c’est aussi la Sainte Cécile, toujours fêtée un dimanche de novembre à Saint-Eustache. Messe particulière, puisque celle de la patronne des musiciens dans une paroisse qui accorde une place importante à la musique.
Elle se fera malheureusement sans nous cette année et c'est, non sans contrariété, que les chanteurs et moi-même resteront muets par mesure de précaution, le virus en ayant décidé ainsi.
 
Pendant l'Avent, le « Veni, Redemptor gentium » (Viens, Rédempteur de tous les mondes) est un hymne grégorien incontournable, écrit par Saint Ambroise, évêque de Milan de 340 à 397.
La mélodie grégorienne sera reprise, sur une traduction allemande du texte, par Martin Luther dans un choral (cantique de l’Avent) : « Nun komm, der Heiden Heiland » sur lequel a été adaptée la traduction française « Toi qui viens pour nous sauver » 
 
L'hymne grégorien chanté par la Choralschola der Wiener Hofburgkapelle.
Fluidité et voix jeunes pour un réel plaisir d'écoute. 
 
Le Veni redemptor et le Nun komm avec son alternance d’allemand et de latindans un motet très développé de Michael Praetorius, l'un des plus grand compositeur luthérien et le plus prolifique de la fin du 16e siècle.
 
Sur ce thème, symbole de l'Avent, écoutons le chœur d'ouverture de la cantate BWV 61 écrite par Jean Sébastien Bach pour La Chapelle de Weimar en 1714.
La structure à l'orchestre est très reconnaissable : 
d’abord, des rythmes surpointés dans un tempo lent de marche,
puis, une deuxième partie très différente, avec des entrées en imitation – un fugato -,
enfin, une troisième partie avec un retour du tempo lent et à nouveau un rythme surpointé de marche.
On a là une forme caractéristique : l’ouverture à la française.
Il est sûr que, dorénavant, vous pourrez identifier cette forme musicale présente dans beaucoup d'œuvres.
 
La version très ostentatoire du Choeur Monteverdi et de Sir John Eliot Gardiner avec un tempo lent très surpointé …
royal !
Pour l'arrivée du Sauveur 
 
Le 22 novembre 1855 avait lieu, à l’église Saint-Eustache, la première audition de la nouvelle œuvre de Charles Gounod : la messe solennelle en l'honneur de Sainte Cécile. Cette création constitue un des événements marquants de la tradition musicale de Saint-Eustache.
En France, les œuvres sacrées de Gounod sont plutôt décriées … on lui reproche un style ampoulé d'un autre temps. Même si  l’interprétation de ces œuvres est délicate et nécessite de ne pas tomber dans le pathos et le mauvais goût, l'œuvre sacrée de Gounod  reste d'un lyrisme qui ne peut laisser indifférent !
A la baguette, George Prêtre, grand spécialiste d’opéra et Le Chœur de Radio France 
Je ne vous cacherai pas que parmi les nombreuses œuvres musicales dédiées à Sainte Cécile, l’Hymn to Saint Cécilia de Benjamin Britten est ma préférée.
 
L’œuvre fut composée en 1942 après une longue gestation, le compositeur ne trouvant pas de texte adapté.
C’est finalement Wystan Hugh Auden, poète anglo-américain, avec qui il collaborait déjà sur d'autres projets, qu’il choisira comme auteur. La pièce musicale est structurée comme le poème que je ne résiste pas à retranscrire avec sa traduction littéraire …
 
Encore un très beau texte émouvant sur Sainte Cécile… 
Par The Sixteen 
Bonne semaine à tous !

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 21 NOVEMBRE

Ce dimanche 21 novembre 2021, on célèbre la fête de la Solennité du Christ roi.
 
Une fête relativement récente puisqu'elle fut instaurée par le pape Pie XI en 1925.
Placée initialement au mois d'octobre, elle fut déplacée par le pape Paul VI qui en fait le point final de la vie liturgique annuelle et l’ouverture vers une nouvelle année puisque le dimanche de la semaine prochaine on sera le premier  de l'Avent.
 
Un texte se prête à cette fête solennelle du Christ roi.
Il s’agit du psaume 92 « Le Seigneur est Roi » (Dominus Regnavit )
Il est inclus partiellement, dit ou chanté, dans la liturgie de ce dimanche.
En France, sous Louis XIV, dit le Roi Soleil, mais aussi sous Louis XV, plusieurs compositeurs de Versailles ont utilisé le texte intégral ce psaume pour exprimer la magnificence,  la puissance et par là,  le rayonnement du  roi, représentant de Dieu sur terre.
La forme musicale en vogue est le grand motet à la française utilisant un orchestre à 5 parties, un grand chœur à 5 parties et un petit chœur de solistes.
J'ai choisi l'ouverture  du « Dominus Regnavit » de Michel Richard de Lalande,  maître du grand motet à la française, écrit en 1704.
Élégance et magnificence se joignent dans ce début de motet grâce à l’emploi de la mesure à trois temps et des phrases mélodiques ascendantes.
Trente ans plus tard, Jean Joseph Cassaneat de Mondonville, avec un autre grand motet, se démarque de ses prédécesseurs. 
Cette fois en rythme binaire, plus solennelle, l'ouverture y semble plus austère …l'ère du Roi Soleil est passée depuis 25 ans …
Il est intéressant de mettre aussi en parallèle Jésus, roi de gloire, et le roi en France, représentant de Dieu sur terre, du début du XVIe siècle jusqu'à la fin de l'Ancien régime avec la Révolution française. 
Il était de coutume de chanter, que celui-ci soit présent ou non, une courte pièce en l'honneur du roi pendant la messe .
« Domine, salvum fac Regem » ( Seigneur, sauve le roi), une sorte d'hymne royal français, symbolise la monarchie de droit divin française 
Que de « Domine, salvum fac Regem » furent écrits, plus ou moins brillants …
J'apprécie tout particulièrement une petite pièce de Marc Antoine Charpentier pour son côté joyeux et lumineux.
D'un compositeur contemporain de Mondonville, Henri Madin, aussi maître de chapelle de Versailles qui succéda à André Campra 
Un Domine Salvum éclatant inclus dans sonTe Deum célébrant les victoires du roi Louis XV.
 
Repassons au programme de la messe du Christ Roi :
Dans le missel romain, le texte de la communion est extrait du psaume 29 verset 10 « Sedebit Dominus Rex in aeternum » (il siégera, le Seigneur, roi pour toujours)
C'est l'occasion de vous faire entendre une mise en musique d'un compositeur que j'apprécie énormément pour la diversité de son style et les procédés musicaux (contrepoint à l'ancienne à l'atonalité par exemple) qu'il utilise  : James MacMillan. Dominicain laïc, une très grande partie de sa production est inspirée par sa foi catholique. 
Le motet que j’ai choisi fait partie d'un cycle de motets nommé « The Strathclyde motets ». Sedebit dominus rex est la septième pièce de la première série de quatorze motets de communion – accessibles dans le style et de difficulté modérée – composées pour la chorale de chambre de l’université Strathclyde entre 2005 et 2010. Il a composé trois séries de ces «motets Strathclyde» à ce jour. Dans la première section de ce motet pour la fête du Christ-Roi, la ligne soprano incisive montre l’influence de la musique celtique ancienne, une des régions qui a fourni à MacMillan une riche source d’inspiration.
James MacMillan et l'ensemble vocal the Sixteen
Des communions se font quelquefois parmi mes écoutes et mes lectures, 
Lorsque j'ai entendu pour la première fois la musique de Morten Lauridsen (l'un des compositeurs les plus importants de la musique vocale américaine du 21e siècle) c'est à travers ses pièces de musique sacrée : « O magnum mysterium » et « Lux aeterna ».
Avec étonnement, émotion et bonheur  j'ai découvert son engouement pour les textes d'un poète qui m'est très cher, Rainer Maria Rilke.
Morten Lauridsen a utilisé à maintes reprises des textes français de Rilke.
 
J'ai choisi une pièce peu connue de Lauridsen composée sur un poème dont le thème est le chant …  
 
Voici l'intégralité de ce beau poème.
 

Chanson Éloignée

Ce soir mon coeur fait chanter
des anges qui se souviennent.
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s’unir?

Ô chant éloigné, suprême lyre,
qui ne se donne qu’à celui qui ardemment
et sans repos supporte et endure
de son effort le long et doux martyre,
Ô chant qui naît le dernier pour conclure
l’enfance non terminée le cœur d’antan.

Ou je ne voulais que chanter,
Il m’a été accordé
l’honneur de la vie.

 
Par les John Alexander Singers ... superbe de phrasés et de couleurs. Pas la meilleure prononciation … mais que le français est difficile à chanter ! 
Bon dimanche à tous ! 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 14 NOVEMBRE

 

Un petit mélange d'époques et de cultures pour ce 33e dimanche du temps ordinaire.

Le baroque allemand,
Une cantate de Jean Sébastien Bach,
« Du, Friedefürst, Herr Jesu Christ »
(Toi, Seigneur Jésus Christ, prince de la paix)
La BWV 116 fait partie du deuxième cycle annuel de cantates à Leipzig. Bach la dirigea le 26 novembre 1724.
J'ai choisi le chœur d'ouverture sous forme de fantaisie chorale où la partie de soprano chante le cantus firmus. Le choral est inséré dans des interludes où l'on entend un orchestre foisonnant de cordes, de hautbois d'amour et un cor d'harmonie jouant la mélodie.
Pourquoi avoir choisi cette cantate ?
Particulière évidemment, car c'est celle qui en 1724 terminait l'année liturgique.
A l'époque le thème qui clôturait l'année était basé sur l' Armageddon (la bataille du bien et du mal à la fin des temps, pour résumer) dans la liturgie luthérienne. 
Le texte du choral et de la cantate, basé sur un hymne de 1601 écrit par Jacob Ebert, évoque Jésus Christ, prince de la paix, vers lequel l'humanité se tourne « dans le besoin, dans la vie, dans la mort ».
Musicalement, il en ressort une grande énergie et un positivisme donnés par la tonalité de la majeur et aussi des interludes instrumentaux faisant l'effet d'un mouvement de concerto.
Le choral semble indépendant, en homorythmie, note contre note.
Pourtant, vers les dernières mesures de ce chœur d'ouverture, Bach traduit l'allusion au jugement dernier par des lignes musicales brisées, aux trois voix graves, commentant nerveusement le cantus firmus des sopranos. 
Extrait de l'intégrale des cantates par le Monteverdi choir et Sir Elliot Gardiner
Tonique et convaincu… ce qui sert énormément ce texte.
 De cette même cantate, le choral final, chœur et instruments colla parte (les instruments doublent les voix ) 
« Erleucht auch unser Sinn und Herz »
( éclaire aussi nos cœurs et nos pensées)
Un « simple » choral lumineux, à quatre voix, sur le dernier vers original de l'hymne.
Renaissance franco flamande et italienne 
« Amen dico vobis »
(en vérité, je vous le dis), 
Texte destiné à  la communion de ce dimanche, mis en motet par Giaches de Wert (1535-1596), compositeur franco-flamand ayant fait toute sa carrière  en Italie. Il tint plusieurs postes de maître de chapelle dont le dernier auprès du duc de Mantoue, successivement Guillaume puis Vincent de Gonzagues (également le premier « employeur » de Monteverdi). Pour les besoins de cette cour, une des plus brillantes d’Italie à cette époque, il compose de multiples pièces tant sacrées que profanes, qu’il publie, laissant une œuvre importante. Il est  considéré comme  un grand madrigaliste. 
Dans ce motet à 6 voix, chanté ici par l’ensemble « Stile  Antico » la maîtrise du contrepoint se fait évidente, bien sûr, mais l'influence franco-flamande mêlée à la culture italienne, laisse entendre une polyphonie tardive de la Renaissance, empreinte de singularité et d’audace d'écriture qui rend tout ce motet …divin. 
L'Angleterre au 21e siècle 
Et pourquoi pas écouter aussi une vision musicale du 21e siècle de ce texte ?
Le compositeur, diffuseur de musique et membre de la Chambre des lords, Michael Berkeley(1948-) est aussi professeur d’université, animateur d'émissions grand public, directeur artistique de festival. Son oeuvre, très variée, se destine à l'orchestre, l'opéra mais aussi à la musique de chambre et la musique chorale.
Dans ce court motet, des dissonances évidemment, dans un discours très clair laissant le texte bien audible.
Les lignes mélodiques sont travaillées comme une réflexion sur l'art du contrepoint.
La polyphonie, après des séquences atonales, se résout en fin de phrases sur des mesures d'accord aux couleurs chatoyantes et sereines. On y reconnait l’influence du 20 siècle d'un Britten ou d'un Ravel…
Par l'ensemble Voces Sacrae
Ce 33e dimanche a, comme offertoire, le de profundis, le psaume 130
(des profondeurs, je t’implore)
La semaine dernière, c'est avec un grand plaisir que j'avais choisi de belles œuvres traduisant ce texte.
La frustration était aussi présente car il fallait faire des choix !
Deux de profundis bien différents des précédents, cette semaine.
L'Europe avant l'heure de la Renaissance franco-flamande 
Je pense tout de suite à Orlando di Lasso (1532-1594) si l'on veut exprimer ou parler d'une certaine synthèse de la Renaissance profane et sacrée à travers les cultures allemande, italienne, française.
Sa pièce est tout cela enfin… c’est du grand Orlando Le Collegium vocal de Gent et Phillipe Herrewege…
Le motet extrait des Psalmi Davidis Poenitentiales
Tempo très lent (comme je peux aimer dans les mouvements lents…) mais très bien porté.
De profundis du 20e siècle américain.
1971 «  De profundis », offertoire extrait de la messe de Léonard Bernstein, compositeur et chef d'orchestre charismatique américain du 20e siècle ! West side story, Candide, les Chichester Psalms 
Cette messe fut commandée par Jacqueline Kennedy, amie de Léonard, trois ans après l'assassinat de Kennedy pour l'inauguration du John F Kennedy Memorial Center for the Performing Arts de Washington, un complexe associant salle de concert, d’opéra et de théâtre pouvant accueillir jusqu’à 6 000 personnes ! 
L'œuvre  de Bernstein est monumentale … plutôt un mega ovni  pour ne pas écrire peu orthodoxe.
Se mêlent : célébrant, soliste enfant, solistes lyriques, rock, blues, trio jazz, trois chœurs, bande magnétique,  orchestre de chambre et grand orchestre.
246 participants sur le plateau !
La création était intitulée «Mass» «composition dramatique pour chanteurs, instrumentistes et danseurs ».
Le chorégraphe Alvin Ailey et sa troupe avaient assuré la création.
Personnellement j'aurai aimé être là, ce 8 septembre 1971, au Kennedy Center !!!!
Juste quelques minutes de cette œuvre avec le de profundis emprunt de musique kaddish.
Les enfants, choeur d'adultes, grand orchestre, Kent Naganno et le Deutsches symphonie-orchester. Une vision un peu nerveuse du passage mais jubilatoire !!!!
Et pour finir :
Profane à la Renaissance
 
Puisque l'on est dans une transition sacrée et profane,
une belle page de Orlando di Lasso  (connu aussi comme Roland de Lassus) qui célèbre la nature.
« La nuit froide et sombre »
Avec la bonne prononciation du français à la Renaissance sur une ode de Joachim du Bellay, publiée en 1549.
Récitée par Vincent Bouchot tout d'abord et puis chantée par L'ensemble Clément Janequin.
Je ne sais que dire, à part que c'est un tube !
Cette chanson polyphonique à 4 voix est d'un grand raffinement expressif.
Le figuralisme et les jeux en imitation y sont  omniprésents.
Écoutez les phrases ascendantes « vers les cieux »
Les phrases et chutes dans le grave pour le sombre et la nuit.
Bon dimanche à tous ! 

 

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 7 NOVEMBRE

Pour cette lettre musicale j'ai décidé d'éclairer, humblement et subjectivement, un psaume destiné à la fête des morts qui vient d’avoir lieu ce 2 novembre.
Le psaume 130 « de profundis clamavi ad te, Domine »,  « du fond de l'abîme je t'ai invoqué Seigneur » est le sixième des psaumes de la pénitence. Il fait partie des prières pour les défunts.
Je vous propose un petit parcours chronologique des mises en musique de ce beau texte sur la puissance de la miséricorde de Dieu, à travers plusieurs musiciens de la vieille Europe.
Ma culture et ma sensibilité française me porte à écouter et être surtout touché par les œuvres  baroques françaises qui ont mis en lumière ces textes avec dramatisme et quelques fois faste et grandeur. 
Le De profundis de 1683 de Marc Antoine Charpentier (1643-1704)
Pour le décès soudain de la reine Marie Thérèse d'Autriche, première épouse de Louis XIV,  Marc Antoine Charpentier composa plusieurs oeuvres dont un De profundis écrit dans la précipitation. Cette oeuvre joue sur l’intériorité avec lyrisme et traduit fort bien la désolation.  Lully, lui, pour la même occasion fera entendre un Dies irae et un De profundis, en opposition avec celui de Charpentier : grandiose et majestueux.
L'extrait du De profundis de Charpentier (H 189)  est le dernier numéro de l'œuvre « requiem aeternam » (donne leur le repos éternel). Les phrases s'élèvent dans une atmosphère éthérée.
Écoutez aussi la rythmique de la basse qui résonne comme le son du glas !
Le De profundis de 1689 de Michel-Richard de Lalande (1657-1726),
Majestueux grave et poignant c’est l'un des plus beaux chefs-d'œuvres du répertoire français.
8 solistes, chœurs à 5 voix et orchestre à 5 parties à la française.
L'extrait se situe au début de l’oeuvre.
Comme dans beaucoup de « De profundis », le début du texte est distribué à un soliste de voix grave sur une marche lente.
Ce qui est incroyable, ici, c'est le traitement dramatique du choeur dans les premières phrases : la rythmique, les silences derrière le mot clamavi….
Sous la baguette de Olivier Schneebelli, chef et enseignant à la chapelle royale de Versailles.
Le De profundis écrit en 1704 par Henry Desmarest (1661-1741) 
Le compositeur y montre tout son art du contrepoint au  style élégant, raffiné pour livrer une pièce majestueuse et grave.
Que seraient devenues la carrière et l’œuvre d’Henry Desmarest si pour une sombre affaire de mariage non consenti par la famille de la mariée, il  n’avait été condamné à mort par contumace et contraint à l'exil….  
Peut-être mon « De profundis » préféré, de part l'équilibre général de la pièce.
Intégrale par Le concert spirituel et Hervé Niquet
Poignant et élégant … 
Le De profundis de 1723 d’André Campra (1660-1744)
4 solistes, choeur à 5 voix, orchestre à 5 parties à la française avec en sus deux hautbois et deux flûtes.
Une composition de l'ampleur de l'œuvre célèbre de de Lalande, son contemporain, que Campra composa dans les premiers mois d'exercice au service du Roi comme sous maître de la musique de La Chapelle royale.
Œuvre brillante et fastueuse aux multiples couleurs et atmosphères.
Le choeur chante le « quia apud te » sur une dynamique dansante. 
Précédée du sombre et dramatique « requiem aeternam », rappel des premières pages de l'œuvre, la fin, en fugue, brillante et pleine d'espoir, sur le texte « et lux perpetua ».
Cet extrait comme le précédent par Les arts florissants et William Christie.
Le De profundis de 1748 de Jean Joseph Cassanéa de Mondonville(1711-1772)
Le plus  tardif compositeur de cette période baroque et de l'ère  de Louis XIV montre un style bien nouveau, de part  sa personnalité. 
Ce violoniste virtuose nommé sous-maître de la musique de La Chapelle – il s’agit de la Chapelle royale –  en 1740, va écrire 17 grands motets donc 9 sont parvenus jusqu'à nous.
Par son art de l'orchestration, son inventivité, son expressivité, il va donner une couleur, un dramatisme inhabituel qui donne un nouveau souffle au grand motet à la française….
Une belle pièce aux traitements du texte surprenants, si on les compare aux œuvres équivalentes du baroque français.
A écouter intégralement,  
William Christie,  bien sûr …
Pour finir, 
une petite incursion dans le domaine symphonique avec un compositeur suisse du 20e siècle injustement peu joué. 
Arthur Honegger a composé 5 symphonies.
Sa troisième symphonie, la plus développée, créée en 1946, est la seule à être une « musique à programme ».
Un thème précis : « J’ai voulu symboliser la réaction de l'homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance […]… J'ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l'abandon aux forces aveugles qui l'enserrent et l'instinct du bonheur, l'amour de la paix, le sentiment du refuge divin… »
La symphonie developpe trois mouvements, dont les noms tirés de prières chrétiennes, répondent à la vision du compositeur sur la réflexion qui motive l’oeuvre. 
1 dies irae (jour de colère) 
2 de profundis (des profondeurs, je t’implore)
3 dona nobis pacem (donne-nous la paix)
J'ai choisi le deuxième mouvement par Charles Dutoit et L'orchestre symphonique de la radio bavaroise. 
Bon dimanche à tous!

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 31 OCTOBRE

Pour cette fête de tous les saints du 1 novembre, se voulant joyeuse et qu'il ne faut pas confondre avec le 2 novembre où l’on honore les défunts, j'ai choisi de suivre les textes latins du liber usualis. 

 
pour l’Introït : 
Gaudeamus omnes
« Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd'hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. »
D'un auteur que j'affectionne particulièrement, et pas seulement pour sa biographie ou même sa légende trouble et sulfureuse, mais plutôt, pour son monde musical si hors du temps et des styles.
Compositeur de la fin de la Renaissance, Carlo Gesualdo,  fascinant par ses audaces harmoniques, compose des pièces d'une grande puissance expressive.
Extrait des sacrae cantiones, chanté par l'ensemble « la main harmonique », on y retrouve tout ce qui caractérise l'auteur : l'audace, l'expressivité dans une interprétation dynamique, épurée des traditions vocales du 19e et 20e siècle !
 
pour le Graduel :
Timete Dominum
« Craignez le Seigneur, vous tous ses saints :
car rien ne manque à ceux qui le craignent.
Et ceux qui cherchent le Seigneur ne manqueront d'aucun bien. »
 
Bien sûr, plusieurs musiciens ont écrit des messes entières consacrées à la fête de tous les saints.
La «Mass for five voice with propers from the feast of all saints » de William Byrd, compositeur anglais de la renaissance, fait partie de ses œuvres les plus célèbres et les plus abouties.
Les Sixteen … Que j'aime cet ensemble pour leur homogénéité et les interprétations tout en finesse de leur chef Harry Christophers !
 
pour l’Offertoire :
Justorum animae
« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment du mal ne les atteindra pas.
A la vue des pêcheurs, ils semblent mourir, mais ils reposent en paix. »
On trouve à travers les siècles beaucoup de mise en musique de ce texte extrait du livre de la sagesse de l'ancien testament .
Voici mes deux préférées :
 
Celle de Orlando di lasso,
compositeur  prolifique de la Renaissance, reconnu, déjà à son époque, à travers l'Europe entière.
Si j'aime ce motet, c'est en grande partie grâce à  l'interprétation du Monteverdi choir.
Le tempo étiré à la limite des voix et du déséquilibre musical porte le texte à une dimension … céleste ?
Que dire de plus … écoutez !

Et celle de Sir Charles Villiers Stanford, chef, compositeur, qui dans l'Angleterre de la fin du 19e siècle produit des œuvres sacrées dans la plus pure tradition anglicane, Professeur rayonnant sur tous les pays anglophones dont les élèves furent Gustav Holst et Vaughan Williams entre autres, il excelle dans une musique romantique tardive. 

Son motet « Justorum animae » pour 7 voix est une splendeur d'écriture post-romantique, proche des pages sublimes de Brahms.
La version des Cambridge singers et du chef John Rutter, lente et legatissimo, est sûrement l'une des plus légitimes, Stanford ayant enseigné, présidé, dirigé et aussi composé la plupart de ses pièces sacrées à Cambridge.

pour la communion : 

Beati mundo corde 

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ; Heureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu ; Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ».
L'antienne grégorienne chantée pour la solennité de la Toussaint me semble la plus belle mise en musique de ce texte célèbre du sermon sur la montagne  extrait des Béatitudes .
Dès les premières notes, le texte s'élève.
Le Choeur grégorien de Paris en donne une vive et lumineuse version.
« O quam Gloriosum »
Mais l'un des textes le plus entendu reste néanmoins le « O quam Gloriosum », antiphone des secondes vêpres.
Le motet, chanté à Saint-Eustache depuis au moins 20 ans en post homélie, est de Tomas Luis de Victoria.
Le plus célèbre compositeur de la Renaissance espagnole fit une grande partie de sa carrière à Rome.
Une écriture austère, sans doute, mais avec quelques madrigalismes qui caractérisent son style très personnel.
Grand perfectionniste, son œuvre est modeste comparée à celle de Palestrina ou de Lassus.
Il s'est consacré uniquement à un répertoire sacré et a perfectionné son style, épurant et remaniant ses œuvres pour en tirer son idée de l'équilibre musical et de la substance première « musique et texte ».
Extrait d'un très bel album de concert,
Le Monteverdi choir et leur chef sir John Eliot Gardiner 
 
Bonne fête de la Toussaint à tous !

 

 

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 24 OCTOBRE

Pour ce trentième dimanche de l'ordinaire, le choeur des Chanteurs de Saint-Eustache est en vacances mais une petite lettre musicale dominicale était en gestation !

La voici !

J'ai choisi une cantate de Jean Sébastien Bach écrite en 1723 dans les premières semaines de sa prise de fonction à Leipzig. Une cantate de « haut vol », un concentré d'inspiration, de virtuosité, de contrepoint et de rhétorique musicale.

« Siehe zu, dass deine Gottesfurcht nicht Heuchelei sei » (Veille à ce que ta crainte de Dieu ne soit pas hypocrisie)

Bach réutilisera de nombreuses parties de cette œuvre pour des pages ultérieures.

De quoi prouver qu’il estimait énormément ces quelques belles pages !!!

L'une des particularités musicales de la cantate BWV 179 tient sûrement dans le traitement du chœur d'entrée d'une sobriété qui va jusqu’à l’austérité. Elle est contrebalancée par une ornementation que les interprètes peuvent accentuer et adjoindre à un tempo plus soutenu, pour offrir un style beaucoup plus galant et brillant…

C'est le cas de la version Gardiner dont je vous ai mis le lien à la fin de cette lettre.

Néanmoins, je préfère la version de Maazaki Suzuki, plus calme et plus sobre et par conséquent plus proche d'une traduction musicale du texte.

Comme dans un simple motet, le compositeur distribue les instruments « colla parte » des chanteurs ( ce qui correspond à doubler les voix par les instruments).

L'austérité est perceptible par la forme musicale employée.

Une stricte contre fugue trahit forcément une certaine rigidité qui se justifie parfaitement ici par le texte du livret.

Contre fugue : chaque entrée du sujet est suivie d'une entrée en sens inverse.

Une partie centrale en chromatisme relie cette première fugue à une deuxième fugue élargie et encore plus complexe. Par ce procédé de rhétorique musicale,  Bach veut montrer l’hypocrisie de celui qui n’obéirait pas au précepte divin, comme le dit le texte de la cantate : « ne sers pas Dieu avec un cœur faux ».

Bach reprend  ce chœur d'ouverture pour le kyrie de la messe en Sol majeur BWV 236.

L’aria de soprano me touche au plus au point, sûrement de part ma culture et mon passé musical d’hautboïste.

C'est une prière, une imploration que la voix de soprano partage avec les deux hautbois d'amour.

Bach a réutilisé ces pages dans le « qui tollis » de sa messe en la majeur BWV 234.

Enfin le choral final m’émeut par sa mélodie, son harmonisation et sa densité.

Bach l’inclura dans la cantate BWV 93.

Pratiquées par de nombreux compositeurs, les réutilisations d'œuvres sont courantes à travers les âges.

Que Bach, par praticité, l'ait fait de nombreuses fois, apparait légitime vu le nombre de commandes ou d'œuvres à fournir pour sa charge de maître de chapelle

L'utilisation de nombreux passages de la cantate BWV 179  dans des œuvres postérieures est révélatrice de l'extrême force créatrice de Jean Sébastien dans ces mois de l'an 1723…

« Dénichée » sur YouTube, une captation de cette belle œuvre dirigée par Sir John Eliot Gardiner et le Monteverdi choir.

https://youtu.be/hP5zWviUyjM

Bonne semaine à tous ! 

 

 

LA LETTRE  DU  DIMANCHE 17 OCTOBRE

Commençons ce parcours musical dominical du 29e dimanche du temps ordinaire par des extraits d'une belle cantate de JEAN SEBASTIEN BACH écrite dans une tonalité majeure. 

C'est suffisamment rare dans le répertoire des cantates de Bach, dont la plupart commencent en mineur, pour être mentionné.

La cantate  BWV 139 fut écrite,tout comme la cantateBWV 115, citée dans ma lettre précédentedurantla deuxième année du séjour de Bach à Leipzig en 1724 pour le 23e dimanche après la Trinité.
« Wohl dem, der sich auf seinen Gott » (Heureux qui peut s'en remettre à Dieu)
Comme souvent, le chœur d'ouverture est une fantaisie chorale avec orchestre concertant, violons et deux hautbois d'amour, dont le compositeur appréciait énormément les spécificités et couleurs. Le cantus firmus est exposé par les sopranos,  les trois autres voix l’accompagnenten imitation sur un thème très positif : la confiance et la foi …
Dans le choral de fin « Dahero Trotz der Höllen Heer » (Malgré les hordes de l'enfer)
le thème que l'on entend  à l'ouverture de la cantate, comme souvent en cantus firmus, est une mélodie de Johann Hermann Schein (1628) dont le texte est : « Machs mit mir, Gott, nach deiner Güt » (Fais de moi, Dieu, selon ta bonté).
En somme, une bien belle cantate à l'esprit  frais et léger !!!
Comme souvent, les deux liens ci-dessous du chœur d'ouverture et du choral final sont extraits de l'intégral du « Bach Collegium Japan» dirigé par Masaaki Suzuki. Le tempo allant m'y semble adéquat pour traduire et mettre en valeur la substance du texte.
Alors, êtes vous prêt à reconnaître la mélodie de ce dernier choral  dans des œuvres d'autres compositeurs ?
Dans le chorale prélude pour orgue  de Johann Ludwig Krebs (milieu de 18e siècle)
ou dans le prélude pour orgue (1903) de Max Reger,
Mais J.S. Bach l’a, lui-même, maintes fois réutilisé pour des préludes ou, par exemple, dans le choral 22 de la deuxième partie de la « Passion selon saint Jean».
Par Tom Koopman
Une version bien différente, toute en retenue, très lente, mais tellement habitée, de ce même choral, enregistré à la Philharmonie, par «l'ensemble Pygmalion» dirigé par Raphaël Pichon.
Retournons à ce 29e dimanche du temps ordinaire.
L'offertoire de ce jour s'intitule «Meditabor » (je méditerai tes préceptes).
J’ai choisiun compositeur allemand célèbre dans la deuxième partie du 19e siècle, tombé dans l'oubli, et qui sort enfin de l'anonymat depuis quelques décennies : Josef Rheinberger. Il fut le grand maître de la culture musicale classico-romantique tant comme compositeur que comme pédagogue renommé et joua un grand rôle dans la musique sacrée catholique en Allemagne.
Ses messes, motets, hymnes reviennent au répertoire de plusieurs grands chœurs sacrés.
Son « Meditator » est assez représentatif de son traitement du chœur dans des pages méditatives …
Deux chœurs dirigés par Charles Bruffy
Dans l'Alleluia de ce dimanche le verset est tiré du psaume 145 « Lauda, anima mea Dominum ».
Je voulais vous faire découvrir la musique du 20e siècle du compositeur danois néo-classique  Vagn Holmboe, l'un des plus importants après la mort de Nielsen.
Extrait de son liber canticorum en 4 volumes qu'il composa sur une trentaine d'années entre 1950-1980.
On peut y entendre une certaine tradition musicale anglaise, celle d’un Vaughan Williams ou Stanford mais aussi du folklore des pays des Balkans, une musique dont le compositeur Kodaly s’est également inspirée.
Très intéressant et surtout peu connu de nos oreilles d'Europe continentale !
Pour finir et parce que ce motet et son interprétation me plaisent particulièrement.
D'Orlando di Lasso, sa version du psaume 145 « Lauda anima mea »
Superbes chœurs et un chef magicien : Erik van Nevel
Effet de spécialisation transparent !!!

Bonne semaine à tous !

 

LA  LETTRE  DU  DIMANCHE 10 OCTOBRE

C'est dans l'ancienne liturgie tridentine que je tire mon inspiration musicale pour cette lettre musicale hebdomadaire.

Ce 28e dimanche du temps ordinaire, initialement 20e dimanche après la Pentecôte, possède quelques textes latins mis en musique par des compositeurs de toutes les époques.

Le graduel  (que l'on chantait à la place du psaume actuel, juste après la première lecture) est le « Oculi Omnium in te sperant Domine » (les yeux de tous mettent en vous leur espérance, Seigneur)

Il est tiré du psaume 144 v 15.

Orlando di Lasso, compositeur très prolixe de la Renaissance, le « divin Orlande » comme le nommait le poète Pierre de Ronsard, était connu et reconnu dans toute l'Europe au milieu du 16e siècle.

Son style peut se résumer à « pas d'a priori ».

Il se permettait toute liberté tant sur le plan stylistique que sur la structure musicale.

J'ai choisi une version particulière.

La pièce est écrite pour 5 voix.

Il faut avoir à l'esprit que l'on pouvait distribuer à l'époque les voix  selon les musiciens ou chanteurs disponibles !

Ici, seules les voix de ténor et de basse sont chantées. Les parties de sopranos, altos et quintus sont exécutées par des cuivres.

Le résultat est superbe et le texte forcément mieux défini et distinct.

Par l'ensemble «Concerto Palatino» et Erik van Nevel

https://youtu.be/3kebkPyQrIg

Restons avec l'« Orphée belge », un autre surnom donné á Orlando di Lasso par ses contemporains.

L'offertoire de ce jour est un extrait du célèbre psaume 137 « Super flumina Babylonis » (sur les bords des fleuves de Babylone)

Lui aussi, de nombreuses fois mis en musique.

C'est une élégie funèbre sur la perte de Jérusalem par le peuple juif.

Ce thème et surtout le réalisme de l'écriture est à l'origine probable de cet engouement musical !

L'intérêt de l'écoute de ce motet vient du fait qu'il est serti de madrigalisme, procédé descriptif  traduisant musicalement ce que l'on évoque.

La pièce est surprenante et quelque peu déroutante par ses arrêts, ses bégaiements et reprises de mots traduisant la douleur et les pleurs…

Par le «Choeur de Chambre de Namur» · La Fenice · Jean Tubéry

https://youtu.be/OPa1yqpzdAM

Intéressant de mettre en parallèle un contemporain de Orlando di Lasso, Philippe de Monte compositeur flamand qui partagea sa carrière entre l'Italie et Vienne et dont l'univers musical est bien différent de celui de « son collègue ».

Une très belle version dans une tonalité mettant en valeur la qualité du choeur et la luminosité de cette belle pièce renaissance.

Par l'ensemble «Contrapunctus».

https://youtu.be/pJo6DUEA7FQ

Impossible de ne pas parler du plus célèbre et majestueux motet français écrit sur ce psaume.

Michel-Richard de Lalande, l'un des compositeurs du roi Louis XIV, écrivit essentiellement des grands motets pour sa charge de maître et surintendant de la musique.

Ce grand motet versaillais de 1687 dans la plus pure tradition française (petit choeur à 3 voix, solistes, grand choeur à 5 voix) sublime et théâtralise  le texte grâce à son écriture  particulièrement suggestive.

Quatre mouvements du grand choeur structurent l'œuvre.

Nous sommes, après une symphonie orchestrale, transportés de la déploration et du cri de détresse des juifs exilés sur les rivages de Babylone à la jubilation du baryton solo et du choeur sur « hymnum cantate nobis »

« les Arts florissants »  !!!

https://youtu.be/9mllRRWrlfI

Une projection sur notre époque maintenant.

Deux compositeurs que j'apprécie particulièrement pour leur écriture musicale bien que très éloignés l'un de l'autre.

Tout d’abord un estonien.

Son écriture minimaliste et épurée utilise des rythmes simples et sur principalement trois notes s'inspirant des sons d'une clochette .

C'est le style tintinnabuli d'Arvo Pärt.

En 1976, il met en musique pour Choeur et ensemble instrumental le psaume 137 « An Den Wassern zu Babel »

Hiératique et ascétique !

Paul Hillier et le « Estonian philharmonie Chamber choir »

https://youtu.be/GEgq6aIk5Tg

Enfin pour finir, les yeux tournés vers le ciel,

l'«Oculi omnium » par l'américain Eric Withacre

Plus facile d'abord, sa musique mélodique et ses procédés de superposition d'accords et de clusters sont très vite reconnaissables.

Choeur de femmes en division et de superbes amen avec l'adjonction des voix d'hommes.

Eric Whitacre et les «Eric Whitacre Singers»

https://youtu.be/NXvFWLfZ4ng

Bonne semaine à tous !

 

 

LA  LETTRE  DU 3 OCTOBRE

Pour ce 27e dimanche du temps ordinaire, 
en s'inspirant du missel romain, commençons notre parcours musical par deux extraits de la Cantate BWV 115   « Mache dich, mein Geist, bereit » (Tiens-toi prête  mon âme ).
 
Elle fut écrite par Jean-Sébastien Bach en 1724 au cours de sa deuxième année à Leipzig.
L'intérêt et la célébrité acquise par cette cantate tiennent tout d'abord à son orchestration concertante amenant le traverso (flûte), le hautbois d'amour et les violons (à l'unisson dans le chœur d'ouverture) à une virtuosité très poussée, mais aussi aux matériaux musicaux utilisés.
 
Le chœur d'ouverture sous forme de passacaille avec orchestre concertant et chœur (les sopranos en cantus firmus et les trois autres voix en imitation ou homophonie) donne la part belle à la flûte, au hautbois d'amour et aux cordes à l'unisson.
 
Le thème choral que l'on entend aux sopranos est une mélodie du 17e siècle utilisée comme air à danser puis comme chant d'église à partir de 1694. Depuis, cette mélodie parcourt les siècles dans des pièces pour clavecins, des œuvres chorales jusqu'au 19e siècle et des adaptations dans de multiples langues…
Je suis sûr que vous allez la reconnaître !
 
 
Puis le choral final à quatre voix. On y retrouve intégralement à quatre parties vocales et instruments colla parte, le cantus firmus du chœur d’ouverture. C'est plutôt à travers cette écoute que vous reconnaîtrez la mélodie anonyme de « Straf mich nicht in deinem Zorn ». 
Quelle est la version française devenue un chant d'église de nombreuses paroisses ?
 
J'ai choisi la version tonique et engagée de John Eliot Gardiner.
Le traitement orchestral est de toute beauté, extrêmement bien mis en valeur par le jeu, le phrasé incisif des instruments et aussi la prise de son de ce bel enregistrement.
 
 
C'est l'occasion de rapprocher de ces extraits virtuoses de J.S. Bach, les deux derniers mouvements du grand motet « Exaudiat te Dominus » d'un de ses contemporains, le compositeur français Joseph Bodin de Boismortier (1689 1755). Plus que pour ses œuvres vocales, Boismortier est connu pour ses pièces instrumentales, en particulier pour flûte, dont il était un joueur exceptionnel. 
 
Cette œuvre, datant de 1728, est extraite du psaume 19 qui fut très souvent mis en musique par les musiciens français sous Louis XIV et chanté avec le Te Deum.
C'est une prière pour un roi chrétien.
« Ceux qui n'espèrent que dans la puissance temporelle périssent.
C'est du ciel que vient la force et la gloire »
L'occasion est trop grande pour les compositeurs d'user de tout leur art, d'un nombre conséquent d'instrumentistes et de chanteurs  pour magnifier ce texte éloquent !
 
J'ai choisi ce motet de Boismortier pour son utilisation particulière des flûtes et autres vents : de grandes gammes lancées fusant à travers les voûtes, percutées par les timbales et les cuivres, comme dans les dernières œuvres opératiques de Jean Philippe Rameau. 
 
On remarque aussi de grandes parties de chœur à l'unisson sur des vocalises traitées de façon très instrumentale. Tout cela est fort étonnant et l'on imagine grandement la stupeur de l'auditoire à l’époque.
Par Hervé Niquet et  «Le Concert Spirituel».
Deux extraits qui s'enchaînent dans l’œuvre :
 
 

Et pour finir un motet, virtuose lui aussi, extrait des «Vespro della beata Vergine» de Claudio Monteverdi. L'audition et la lecture du lien, que je vous envoie, vous montreront toute l'étendue de l'art du maître dans les imitations très rapprochées des deux chœurs à 5 voix.

Ces vêpres sont reconnues pour être difficiles à exécuter et preuve à l'appui, à vos casques !!!
La belle, rapide et limpide interprétation du Nederlands Kammerkoor et René Jacobs !
 

 

 

LA  LETTRE DU 26 SEPTEMBRE

Pour ce 24e dimanche du temps ordinaire,

je ne résiste pas à vous écrire quelques mots sur l’introït et le graduel de la messe du jour, tous les deux extraits du psaume 121.
Cette messe est tournée vers la Jérusalem céleste.
L'introït évoque la paix, nom propre de Jérusalem signifiant vision de paix.
Ce « Da Pacem »  grégorien est un superbe chant de paix du mode premier, lumineux et élégiaque
« Donne la paix, Seigneur, à ceux qui attendent, afin que tes prophètes soient reconnus fidèles; »
 En voici une belle interprétation par l'ensemble  « Doulce Mémoire» :
Le graduel  « Laetatus sum »
(extrait lui aussi du psaume 121) fait allusion au pèlerinage des fidèles dans la maison du Seigneur.
« Je me suis réjoui de ces paroles qui m'ont été dites: nous irons dans la maison du Seigneur »
Véritable chant de joie que beaucoup de compositeurs ont traduit en musique suivant leur culture et l'esthétique de leur époque bien évidemment. Il était exaltant de rechercher diverses œuvres très contrastées!
Tout d’abord, une pièce à multiples chœurs, du maître italien du 17e siècle, Orazio Benevoli. Ayant consacré toute sa vie à la musique sacrée au sein du Vatican dans la Chapelle Giulia et la basilique saint Pierre, il était reconnu pour son agilité en polyphonie.
Il composa ainsi de nombreuses messes et psaumes pour 12 à 16 voix divisées en multiples chœurs.
Idéal pour magnifier le psaume 121 par exemple.
Par l'ensemble « Le Concert Spirituel »  et leur chef Hervé Niquet.
Un célèbre contemporain de Benevoli mais français.
Marc Antoine Charpentier utilise de tout autres effets pour exprimer par de multiples intervenants, orchestre, solistes, chœur et des vocalises à profusions  la joie et la grandeur de ce texte!
Dans la plus pure tradition française et la prononciation « à la française » du latin, cette pièce tirée des vêpres à la Vierge est jubilatoire !
Par les mêmes interprètes,
« Le Concert Spirituel »  et Hervé Niquet
Pour conclure. faisons un écart de quelques siècles avec la pièce écrite par Sir Edward Parry en 1902 pour le sacre du roi Edward VII.
C'est donc une pièce majestueuse et monumentale pour grand orgue et chœur.
Je vous ai trouvé une version pour orchestre et « L'ensemble Gabrieli ».
Impressionnante version qui révèle tout le faste et la tradition musicale anglo-saxonne.
Un petit bis ?
« Mon » Laetatus sum préféré pour son équilibre musical, son allégresse et sa limpidité et son auteur Claudio Monteverdi (1567-1643).
Prédécesseur de Benevoli et Charpentier.
Ma version tonique et chorale par les « Arts florissants ».
Tout est dit…
Bon dimanche à tous !

 

LA  LETTRE  DU 19 SEPTEMBRE

Bonjour à tous !

Et voici la rentrée … une rentrée qui a un goût bien particulier. Nous n'avons pas chanté depuis dix mois mais le lien entretenu par cette lettre musicale durant cette longue période est un véritable cordon ombilical entre les chanteurs et leur chef. J'ai pris grand plaisir à la construire chaque semaine. Cette nouvelle année est l'occasion de la partager avec vous tous !

Un « petit Bach » pour commencer et continuer la tradition des lettres musicales. J'ai choisi deux extraits de la cantate BWV 107 écrite pour le deuxième cycle annuel et le septième dimanche après la Trinité:

«Was willst du dich betrüben?» (Pourquoi veux-tu t'affliger ?)

Une belle cantate écrite pour cor da caccia, deux flûtes traversières, deux hautbois d’amour et cordes. Un très beau chœur solennel écrit sous forme de fantaisie chorale, avec un concerto instrumental conséquent, ouvre cette œuvre. La couleur particulière de ces pages est dûe à l'emploi prédominant des bois (flûtes et hautbois). La majesté de l'ensemble découle du cantus firmus exposé en longues notes épurées.

J'apprécie véritablement ce qui se dégage de ce chœur et de cette interprétation du Chœur Bach Collegium Japan et de leur chef Masaaki Suzuki, ce grand interprète de Jean-Sébastien Bach à qui l’on doit un enregistrement de l’intégrale des cantates de Bach.

https://youtu.be/vflrFleC8uI

Le choral final est développé est non énoncé comme un simple choral homophonique. Jean-Sébastien Bach y développe un riche concerto instrumental sur un rythme de sicilienne (une rythmique ternaire) où s’insèrent les 4 voix du choeur. C'est une cantate de très belle facture !

https://youtu.be/5q825zSnIWU

Voici, pour conclure cette lettre, une petite découverte. Un compositeur autrichien du premier baroque (que l'on appelle aussi baroque « primitif ») : Johann Stadlmayr (1575-1648), chef d'orchestre de la cour de Salzbourg, écrivit essentiellement des œuvres sacrées. J'ai choisi un de ses motets à 18 voix où l'on entend un Monteverdi « tyrolien » en quelque sorte. Solistes, double, triple chœurs et cuivres se répondent et se mêlent.

Ce n'est pas une nouveauté en soi. Les compositeurs de toute cette période comme Heinrich Schütz, Samuel Scheidt ou la famille Gabrieli font appel à ce système d'écriture en imitation pour assembler le plus finement possible ces multiples voix réunies en « grappe » de chœurs et de cuivres dès que l'on célèbre avec prestance de grands offices solennels comme Noël. Cet « Exultate Deo » en est un exemple.

https://youtu.be/psy4Cfx0Ibg

L'ensemble « les Cornets Noirs » et le Munich Orpheus Choir ! Dans le majestueux vaisseau qu'est l'église Saint-Eustache et pour une messe de rentrée paroissiale, je l'entends très bien !!!!

Bonne semaine à tous !!!

 

LA  LETTRE  DU 12 SEPTEMBRE

Bonjour amis Chanteurs !
Ma lettre musicale sur le thème de Marie …
Tant de textes et d'œuvres autour de la Vierge Marie !
J'ai choisi arbitrairement des pièces que j'écoute en ce moment. Je vous les envoie dans l'ordre chronologique …
Toutes les interprétations sont de mon ensemble préféré The Sixteen pour leur homogénéité, leur musicalité, leur pâte sonore …
Tout d'abord le Salve Regina grégorien.
Chanté ainsi, même si les puristes reprocheront le phrasé quelque peu moderne …
Un Ave Maria parmi des milliers !
L'un des plus beaux enregistrements des Sixteen sur Tomas Luis de Victoria
L'Ave Maria à 8 voix
Le jeu des deux chœurs en répons est très audible.
Le plaisir d'entendre des chanteurs chanter pleine voix est jouissif !
Un Ave Maris Stella
« Salut, étoile de la mer… »
Que l'on chante surtout pendant l'Avent.
Un superbe texte …
Une œuvre assez connue il me semble.
Je n'ai jamais fait chanter du Edward Grieg, compositeur norvégien romantique célèbre pour ses œuvres orchestrales comme la musique de scène composée pour l'œuvre Peer Gynt ou son célèbre concerto pour piano.
Ici une belle interprétation lente très romantique. Prouesse d’un chef qui parvient à donner l’impression d'une première écoute pour une œuvre pourtant rabâchée par de nombreux chœurs.
Benjamin Britten et son magnifique Hymn to the Virgin.
Double choeur et final majestueux avec variation sur le thème répété un certain nombre de fois …
The Sixteen ose les nuances extrêmes.
Sir John Tavener, l'Hymn for the dormition of the Mother of God.
Dormition ou assomption, là est la question ?  L'église orthodoxe insiste sur la douceur de la mort de Marie grâce à sa confiance en Dieu. Elle s'endort sereinement …dormition. Mais le sujet est beaucoup plus complexe et historique sur l'idée de l'immaculée conception, de la place de Marie dans l'église, vaste sujet à débattre.
Néanmoins la pièce de Tavener est superbe rejoignant les origines du chant liturgique avec des intonations quelque peu grégoriennes puis une combinaison de voix à l'octave regroupées par deux pupitres et un jeu parallèle des voix. Des procédés que l'on retrouve dans la pièce the Lamb que nous avions chanté en fin de messe de Pâques 2018, messe en hommage aux pompiers ayant sauvé Notre-Dame …
The sixteen …que dire….
Et on finit par la pièce que je préfère et que je me risque à vous envoyer.
Beaucoup de procédés et utilisations que l'on n’utilise que très peu à Saint-Eustache.
Ce n'est pas de la musique contemporaine inaudible et les procédés ne sont pas révolutionnaires, loin de là …
Vous pourrez retrouver là aussi le lien avec le grégorien, le chant en parallèle, les accords pleins avec doublure multiple par des divisions dans chaque pupitre mais aussi profusion de bouches fermées, d'ornements style orientaux, de jeux d'échos.
Cette pièce s'ouvre et se referme comme un éventail en densité mais aussi  sur toute l'histoire de la musique sacrée du 9eme au 21eme siècle …
A écouter au casque sinon vous perdrez beaucoup d'information.
Peut être serez vous perdu lors des passages atonals. Cela ne dure pas !
Les séquences voix d'hommes sont très surprenantes de force et le contraste avec la séquence voix de femmes en est d'autant plus grand …
Tout l'art de The Sixteen est mis à contribution …
O Virgo Prudentissima de James MacMillan ( et oui je suis très fan)
Pour onze voix et composée pour The Sixteen)

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